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Tuesday, October 11, 2011

Couche d'ozone - Levée de boucliers contre une expérience britannique

Par Louis-Gilles Francoeur
pour http://www.mondialisation.ca

Des organismes internationaux réclament l'abandon d'un projet d'écran solaire dans la stratosphère


Au moment où des chercheurs confirment l'existence d'un trou de plus de 2 millions de kilomètres carrés dans la couche d'ozone au-dessus de l'Arctique, des équipes britanniques s'apprêtent à amorcer une expérience en vue d'injecter dans la stratosphère des sulfates pour refroidir éventuellement la planète. Or les sulfates sont les molécules qui auraient fortement contribué à endommager la couche d'ozone.

Le projet britannique SPICE se propose dans un premier temps de lancer un ballon qui ferait grimper un tuyau permettant de pulvériser de l'eau à un kilomètre dans l'atmosphère. Cette première phase permettrait d'injecter un jour des sulfates dans la stratosphère pour créer un écran solaire qui contribuerait à réduire le réchauffement climatique en cours.

Une cinquantaine d'organismes internationaux ont demandé hier au gouvernement britannique de cesser toute expérimentation dans la stratosphère et de mettre fin au projet SPICE, qui implique quatre universités, trois conseils de recherche, des ministères et la société Marshall Aerospace. Les groupes ont aussi lancé une pétition internationale.

Au même moment, on apprenait qu'un trou d'une ampleur sans précédent s'était créé au-dessus de l'Arctique durant les trois premiers mois de 2011 à environ 20 km de la surface terrestre. Plus de 80 % de l'ozone stratosphérique aurait disparu de cette zone. Les premières observations de ce trou ont été faites au début des années 80 et les deux plus importants ont été relevés en 1996 et 2005.

Pour Olivier Collin-Haubensak, un chercheur de l'UQAM qui a touché aux sciences de l'atmosphère, il y a un lien entre ce trou et les changements climatiques. La rotation de la Terre, dit-il, engendre un vortex qui concentre aux pôles les vapeurs d'eau des régions en voie de réchauffement et les acides des émissions industrielles. Ces sulfates contribuent à augmenter l'intensité de ce vortex et accentuent le refroidissement de l'air entre la troposphère et la stratosphère. Les molécules de chlore transportées par ce vortex réagissent aux froids extrêmes et agissent comme des catalyseurs qui détruisent les molécules de la mince couche d'ozone qui nous protègent des rayons ultraviolets. Ainsi, plus il y aura de chaleur au sol, plus on risque de voir ces sulfates contribuer à l'élargissement des trous dans la couche d'ozone.

C'est pourquoi, dit-il, le projet SPICE des Britanniques est tout simplement «délirant» puisqu'il pourrait contribuer à ces réactions. Il devrait faire l'objet d'une étude d'impacts préalable par la communauté internationale avant d'être autorisé.

En 2009, les parties à la Convention sur la diversité biologique (CBD) ont demandé en 2009 à tous les pays de la planète d'observer un moratoire complet sur les projets de géo-ingénierie. La CBD avait demandé, mais en vain, à l'Allemagne de mettre fin à une tentative de fertiliser avec de la limaille de fer les mers de l'Antarctique pour augmenter leur capacité de captage du CO2 afin de ralentir le réchauffement de la planète. L'expérience a eu cours, mais elle a été un échec.

À retenir

handsoffmotherearth.org

Couche d'ozone - Levée de boucliers contre une expérience britannique

Par Louis-Gilles Francoeur
pour http://www.mondialisation.ca

Des organismes internationaux réclament l'abandon d'un projet d'écran solaire dans la stratosphère


Au moment où des chercheurs confirment l'existence d'un trou de plus de 2 millions de kilomètres carrés dans la couche d'ozone au-dessus de l'Arctique, des équipes britanniques s'apprêtent à amorcer une expérience en vue d'injecter dans la stratosphère des sulfates pour refroidir éventuellement la planète. Or les sulfates sont les molécules qui auraient fortement contribué à endommager la couche d'ozone.

Le projet britannique SPICE se propose dans un premier temps de lancer un ballon qui ferait grimper un tuyau permettant de pulvériser de l'eau à un kilomètre dans l'atmosphère. Cette première phase permettrait d'injecter un jour des sulfates dans la stratosphère pour créer un écran solaire qui contribuerait à réduire le réchauffement climatique en cours.

Une cinquantaine d'organismes internationaux ont demandé hier au gouvernement britannique de cesser toute expérimentation dans la stratosphère et de mettre fin au projet SPICE, qui implique quatre universités, trois conseils de recherche, des ministères et la société Marshall Aerospace. Les groupes ont aussi lancé une pétition internationale.

Au même moment, on apprenait qu'un trou d'une ampleur sans précédent s'était créé au-dessus de l'Arctique durant les trois premiers mois de 2011 à environ 20 km de la surface terrestre. Plus de 80 % de l'ozone stratosphérique aurait disparu de cette zone. Les premières observations de ce trou ont été faites au début des années 80 et les deux plus importants ont été relevés en 1996 et 2005.

Pour Olivier Collin-Haubensak, un chercheur de l'UQAM qui a touché aux sciences de l'atmosphère, il y a un lien entre ce trou et les changements climatiques. La rotation de la Terre, dit-il, engendre un vortex qui concentre aux pôles les vapeurs d'eau des régions en voie de réchauffement et les acides des émissions industrielles. Ces sulfates contribuent à augmenter l'intensité de ce vortex et accentuent le refroidissement de l'air entre la troposphère et la stratosphère. Les molécules de chlore transportées par ce vortex réagissent aux froids extrêmes et agissent comme des catalyseurs qui détruisent les molécules de la mince couche d'ozone qui nous protègent des rayons ultraviolets. Ainsi, plus il y aura de chaleur au sol, plus on risque de voir ces sulfates contribuer à l'élargissement des trous dans la couche d'ozone.

C'est pourquoi, dit-il, le projet SPICE des Britanniques est tout simplement «délirant» puisqu'il pourrait contribuer à ces réactions. Il devrait faire l'objet d'une étude d'impacts préalable par la communauté internationale avant d'être autorisé.

En 2009, les parties à la Convention sur la diversité biologique (CBD) ont demandé en 2009 à tous les pays de la planète d'observer un moratoire complet sur les projets de géo-ingénierie. La CBD avait demandé, mais en vain, à l'Allemagne de mettre fin à une tentative de fertiliser avec de la limaille de fer les mers de l'Antarctique pour augmenter leur capacité de captage du CO2 afin de ralentir le réchauffement de la planète. L'expérience a eu cours, mais elle a été un échec.

À retenir

handsoffmotherearth.org

Propagande américaine : comment le Département de la Guerre a imposé un black out médiatique sur les conséquences d'Hiroshima et Nagazaki

Pour  http://www.alterinfo.net

Un journaliste indépendant australien, Wilfred Burchett, s’était rendu au Japon pour couvrir les conséquences du largage de la bombe atomique sur Hiroshima. Mais le sud du Japon avait été déclaré "zone militaire fermée" par le Général Douglas MC Arthur, et la presse interdite d’y pénétrer. Les journalistes occidentaux ont obéi sagement et se sont contentés des déclarations faites par les militaires américains qui les avaient regroupés sur le USS Missouri au large des côtes japonaises, où de là ils couvrirent la capitulation du Japon.

Wilfred Burchett, quant à lui, a décidé de se rendre sur les lieux pour constater par lui-même ce qui c’était passé, les effets de cette bombe nucléaire et en faire un reportage. Passant outre l’interdiction de MC Arthur, il a pris un train qui l'a conduit en 30 heures à Hiroshima. Sorti du train il n'a pu que constater les terribles dévastations causées par la bombe A. La ville d’Hiroshima qui comptait 350 000 habitants avait été littéralement rasée. Il a vu des êtres humains morts encastrés dans des murs, des chaussées, il a rencontré des personnes errantes leur peau déchirée, en lambeaux. Dans les hôpitaux, il a vu des personnes couvertes de plaies hémorragiques violettes sur la peau, atteintes de gangrène, de fièvre, perdant leurs cheveux.

Burchett a été parmi les premiers à décrire ce qu’il avait vu. Son article publié le 5 septembre 1945, presque un mois après le largage de la bombe A sur Hiroshima, à Londres dans le Daily Express, et intitulé "la peste atomique" commençait ainsi :

"Hiroshima ne ressemble pas à une ville bombardée. C’est comme si un rouleau compresseur lui était passé dessus et l’avait complètement écrasée. J’écris ces mots avec le moins de passion possible en espérant que cela servira de mise en garde pour le monde."

Son article a provoqué une onde de choc partout dans le monde. Les réactions candides de Burchett face à l’horreur avaient choqué les lecteurs. Il écrivait :

" sur cet endroit ou a été testée pour la première fois cette bombe atomique, j’ai vu les choses les plus terribles et effrayantes de mes quatre ans de guerre. En comparaison, une île du pacifique ravagée par un bombardement ressemble au jardin d’Eden. Aucune photo ne peut rendre compte des dévastations provoquées".

Le reportage indépendant de Burchett a été un véritable fiasco pour la propagande de l’armée américaine. La version officielle américaine relativisait le nombre des victimes et l’ampleur des dévastations causées, affirmait que les cibles visées étaient militaires et industrielles, se félicitait de leur destruction, et s’employait à nier les conséquences mortelles des radiations subies par les populations civiles. Un reporter américain qui avait réussi à rejoindre Nagasaki, Georges Weller du Chicago Daily News, et qui avait écrit un long article sur les atrocités vues, soumis son papier à la censure militaire. Son journal ne reçu jamais son article.

La censure militaire voulait un black out total sur ce qui c’était passé, elle l’obtint.

En effet, les autorités militaires américaines se sont attaqué au reportage de Burchett. Le Général MC Arthur avait ordonné qu’il soit expulsé du Japon, et sa camera contenant des photos d’Hiroshima disparu mystérieusement alors qu’il visitait un hôpital d’Hiroshima. Elles l’accusèrent de propagande pour le compte du gouvernement japonais.

4 jours après la parution en première page du reportage de Burchett, le Général en Chef Leslie Groves, directeur de projet de la bombe A, a invité 30 journalistes triés sur le volet sur le site de fabrication de la bombe à New Mexico, là où elle avait également été testée pour la première fois. Parmi eux, un journaliste scientifique du New York Times, William L. Laurence. Le Général les a conduit sur les lieux des tests, son intention étant de prouver que le site n’avait pas été contaminé par les radiations.

L’article de W.L Laurence paru le 12 septembre 1945 en première page du New York Times reprenait fidèlement la version militaire titrant :

"Le site américain de la Bombe Atomique, un démenti formel aux racontars distillés par Tokyo. Les tests de New Mexico confirment que c’est l’explosion et non les radiations atomiques qui ont tué.'

Laurence poursuivait sa propagande :

"Cet endroit du Nouveau Mexique, scène de la première explosion atomique sur terre, et berceau d’une nouvelle aire pour la civilisation, fournit aujourd’hui la réponse la plus efficace à la propagande japonaise affirmant que les radiations étaient responsables de la mortalité, même après le jour de l’explosion le 6 août, et que des personnes ayant pénétré dans Hiroshima avaient contracté des maladies mystérieuses dues aux radiations."

Puis, Laurence continuait en disant que l’armée avait organisé ce tour au Nouveau Mexique pour:

"apporter un démenti à ces mensonges", et citait le Général Groves :

"Les japonais prétendent que les gens sont morts à cause des radiations. Si cela est vrai, ce fut le cas d’un petit nombre".

Laurence continuait en donnant sa propre version des faits, renchérissant sur la propagande de l’armée américaine:

"les japonais continuent de répandre leur propagande pour faire croire que nous avons injustement gagné la guerre, essayant ainsi de s’attirer la sympathie de l’opinion publique afin d’obtenir des conditions de rédition moins sévères…Ainsi, au début, les japonais décrivaient des symptômes qui ne paraissaient pas vrais".

Laurence savait exactement ce qui s’était passé, car il avait assisté le 16 juillet 1945 aux premiers essais au Nouveau Mexique, et avait pu constater les conséquences aux alentours : des personnes malades empoisonnées, et la même chose pour le bétail. Par conséquent il dissimulait la vérité, mentait en connaissance de cause. Il continua à écrire toute une série d’articles pour le Times, une dizaine, qui ne tarissaient pas d’éloge sur les prouesses techniques du programme nucléaire américain, tout en continuant à dénier les conséquences mortelles pour les personnes. Laurence fut récompensé pour ses articles et reçu le Prix Pulitzer.

Outre sa rémunération par le New York Times, Laurence était aussi payé par le Département de la Guerre. En Mars 1945, le Général Groves lui avait proposé au cours d’une entrevue secrète un emploi de rédacteur de communiqués de presse pour le Projet nucléaire Manhattan, qu’il a accepté avec empressement. Il a aussi contribué à la rédaction de déclarations du président Truman sur le sujet ainsi que de celles du secrétaire à la Guerre Henri Stimson.

Les nombreux communiqués publiés après la guerre par les militaires furent repris mot pour mot par toute la presse. Ceux-ci étaient en fait tous rédigés par Laurence, un propagandiste zélé, un inconditionnel du programme nucléaire américain qu’il soutenait déjà dans des articles publiés en 1929, bien avant sa mise en chantier

Il possédait un double statut, celui de journaliste, et celui d’agent de propagande des institutions militaires. Ce dernier statut lui donnait accès à des informations ultra sensibles. Il a fait partie de l’équipage de l’escadrille qui a largué la bombe atomique sur Nagasaki. Il a assisté de visu à l’incinération de plus de 100 000 personnes, et a décrit l’évènement dans un article paru 1 mois plus tard, sa publication ayant été retardée par la censure militaire.

Laurence écrivait à propos du champignon atomique:

"nous l’avons vu monter dans les airs comme un météorite, venant de la terre au lieu de l’espace, devenant de plus en plus vif à mesure qu’il montait et rejoignait les nuages blancs… c’était une chose vivante, une nouvelle forme d’être, né juste devant nos yeux incrédules".

Le journal le New York Times, a su aussi garder le secret sur le double statut de Laurence, qu’il connaissait, celui de reporter et de porte parole du gouvernement. Il a transmis fidélement, au mépris du respect de toute déontologie journalistique, la propagande concoctée par le Département de la Guerre devenue par la suite le Département de la Défense plus connu sous le nom de Pentagon.

L’histoire semble se répéter aujourd’hui avec l’affaire de la journaliste Judith Miller du New York Times (encore ce journal) concernant les prétendus ADM possédées par Saddam Hussein, cause factice du déclenchement de la guerre américano britannique en Irak, et sur lesquelles elle a écrit de nombreux articles avant et après le déclenchement de la guerre, en soutien ouvert aux intentions belliqueuses de l’Administration Bush. Miller est directement impliquée dans le Plame/Wilsongate qui secoue sérieusement l’Administration Bush actuellement avec l’inculpation de Scooter Libby ex conseiller du vice président américain Dick Cheney mis lui aussi sur la sellette dans cette affaire.

Source: Les informations contenues dans cet article proviennent d’un article d’Amy Goodman et David Goodman paru sur le site de Common Dreams en août 2004 intitulé "Hiroshima cover up : how the war Department’s Timesman won the Pulitzer".

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Pour  http://www.alterinfo.net

Un journaliste indépendant australien, Wilfred Burchett, s’était rendu au Japon pour couvrir les conséquences du largage de la bombe atomique sur Hiroshima. Mais le sud du Japon avait été déclaré "zone militaire fermée" par le Général Douglas MC Arthur, et la presse interdite d’y pénétrer. Les journalistes occidentaux ont obéi sagement et se sont contentés des déclarations faites par les militaires américains qui les avaient regroupés sur le USS Missouri au large des côtes japonaises, où de là ils couvrirent la capitulation du Japon.

Wilfred Burchett, quant à lui, a décidé de se rendre sur les lieux pour constater par lui-même ce qui c’était passé, les effets de cette bombe nucléaire et en faire un reportage. Passant outre l’interdiction de MC Arthur, il a pris un train qui l'a conduit en 30 heures à Hiroshima. Sorti du train il n'a pu que constater les terribles dévastations causées par la bombe A. La ville d’Hiroshima qui comptait 350 000 habitants avait été littéralement rasée. Il a vu des êtres humains morts encastrés dans des murs, des chaussées, il a rencontré des personnes errantes leur peau déchirée, en lambeaux. Dans les hôpitaux, il a vu des personnes couvertes de plaies hémorragiques violettes sur la peau, atteintes de gangrène, de fièvre, perdant leurs cheveux.

Burchett a été parmi les premiers à décrire ce qu’il avait vu. Son article publié le 5 septembre 1945, presque un mois après le largage de la bombe A sur Hiroshima, à Londres dans le Daily Express, et intitulé "la peste atomique" commençait ainsi :

"Hiroshima ne ressemble pas à une ville bombardée. C’est comme si un rouleau compresseur lui était passé dessus et l’avait complètement écrasée. J’écris ces mots avec le moins de passion possible en espérant que cela servira de mise en garde pour le monde."

Son article a provoqué une onde de choc partout dans le monde. Les réactions candides de Burchett face à l’horreur avaient choqué les lecteurs. Il écrivait :

" sur cet endroit ou a été testée pour la première fois cette bombe atomique, j’ai vu les choses les plus terribles et effrayantes de mes quatre ans de guerre. En comparaison, une île du pacifique ravagée par un bombardement ressemble au jardin d’Eden. Aucune photo ne peut rendre compte des dévastations provoquées".

Le reportage indépendant de Burchett a été un véritable fiasco pour la propagande de l’armée américaine. La version officielle américaine relativisait le nombre des victimes et l’ampleur des dévastations causées, affirmait que les cibles visées étaient militaires et industrielles, se félicitait de leur destruction, et s’employait à nier les conséquences mortelles des radiations subies par les populations civiles. Un reporter américain qui avait réussi à rejoindre Nagasaki, Georges Weller du Chicago Daily News, et qui avait écrit un long article sur les atrocités vues, soumis son papier à la censure militaire. Son journal ne reçu jamais son article.

La censure militaire voulait un black out total sur ce qui c’était passé, elle l’obtint.

En effet, les autorités militaires américaines se sont attaqué au reportage de Burchett. Le Général MC Arthur avait ordonné qu’il soit expulsé du Japon, et sa camera contenant des photos d’Hiroshima disparu mystérieusement alors qu’il visitait un hôpital d’Hiroshima. Elles l’accusèrent de propagande pour le compte du gouvernement japonais.

4 jours après la parution en première page du reportage de Burchett, le Général en Chef Leslie Groves, directeur de projet de la bombe A, a invité 30 journalistes triés sur le volet sur le site de fabrication de la bombe à New Mexico, là où elle avait également été testée pour la première fois. Parmi eux, un journaliste scientifique du New York Times, William L. Laurence. Le Général les a conduit sur les lieux des tests, son intention étant de prouver que le site n’avait pas été contaminé par les radiations.

L’article de W.L Laurence paru le 12 septembre 1945 en première page du New York Times reprenait fidèlement la version militaire titrant :

"Le site américain de la Bombe Atomique, un démenti formel aux racontars distillés par Tokyo. Les tests de New Mexico confirment que c’est l’explosion et non les radiations atomiques qui ont tué.'

Laurence poursuivait sa propagande :

"Cet endroit du Nouveau Mexique, scène de la première explosion atomique sur terre, et berceau d’une nouvelle aire pour la civilisation, fournit aujourd’hui la réponse la plus efficace à la propagande japonaise affirmant que les radiations étaient responsables de la mortalité, même après le jour de l’explosion le 6 août, et que des personnes ayant pénétré dans Hiroshima avaient contracté des maladies mystérieuses dues aux radiations."

Puis, Laurence continuait en disant que l’armée avait organisé ce tour au Nouveau Mexique pour:

"apporter un démenti à ces mensonges", et citait le Général Groves :

"Les japonais prétendent que les gens sont morts à cause des radiations. Si cela est vrai, ce fut le cas d’un petit nombre".

Laurence continuait en donnant sa propre version des faits, renchérissant sur la propagande de l’armée américaine:

"les japonais continuent de répandre leur propagande pour faire croire que nous avons injustement gagné la guerre, essayant ainsi de s’attirer la sympathie de l’opinion publique afin d’obtenir des conditions de rédition moins sévères…Ainsi, au début, les japonais décrivaient des symptômes qui ne paraissaient pas vrais".

Laurence savait exactement ce qui s’était passé, car il avait assisté le 16 juillet 1945 aux premiers essais au Nouveau Mexique, et avait pu constater les conséquences aux alentours : des personnes malades empoisonnées, et la même chose pour le bétail. Par conséquent il dissimulait la vérité, mentait en connaissance de cause. Il continua à écrire toute une série d’articles pour le Times, une dizaine, qui ne tarissaient pas d’éloge sur les prouesses techniques du programme nucléaire américain, tout en continuant à dénier les conséquences mortelles pour les personnes. Laurence fut récompensé pour ses articles et reçu le Prix Pulitzer.

Outre sa rémunération par le New York Times, Laurence était aussi payé par le Département de la Guerre. En Mars 1945, le Général Groves lui avait proposé au cours d’une entrevue secrète un emploi de rédacteur de communiqués de presse pour le Projet nucléaire Manhattan, qu’il a accepté avec empressement. Il a aussi contribué à la rédaction de déclarations du président Truman sur le sujet ainsi que de celles du secrétaire à la Guerre Henri Stimson.

Les nombreux communiqués publiés après la guerre par les militaires furent repris mot pour mot par toute la presse. Ceux-ci étaient en fait tous rédigés par Laurence, un propagandiste zélé, un inconditionnel du programme nucléaire américain qu’il soutenait déjà dans des articles publiés en 1929, bien avant sa mise en chantier

Il possédait un double statut, celui de journaliste, et celui d’agent de propagande des institutions militaires. Ce dernier statut lui donnait accès à des informations ultra sensibles. Il a fait partie de l’équipage de l’escadrille qui a largué la bombe atomique sur Nagasaki. Il a assisté de visu à l’incinération de plus de 100 000 personnes, et a décrit l’évènement dans un article paru 1 mois plus tard, sa publication ayant été retardée par la censure militaire.

Laurence écrivait à propos du champignon atomique:

"nous l’avons vu monter dans les airs comme un météorite, venant de la terre au lieu de l’espace, devenant de plus en plus vif à mesure qu’il montait et rejoignait les nuages blancs… c’était une chose vivante, une nouvelle forme d’être, né juste devant nos yeux incrédules".

Le journal le New York Times, a su aussi garder le secret sur le double statut de Laurence, qu’il connaissait, celui de reporter et de porte parole du gouvernement. Il a transmis fidélement, au mépris du respect de toute déontologie journalistique, la propagande concoctée par le Département de la Guerre devenue par la suite le Département de la Défense plus connu sous le nom de Pentagon.

L’histoire semble se répéter aujourd’hui avec l’affaire de la journaliste Judith Miller du New York Times (encore ce journal) concernant les prétendus ADM possédées par Saddam Hussein, cause factice du déclenchement de la guerre américano britannique en Irak, et sur lesquelles elle a écrit de nombreux articles avant et après le déclenchement de la guerre, en soutien ouvert aux intentions belliqueuses de l’Administration Bush. Miller est directement impliquée dans le Plame/Wilsongate qui secoue sérieusement l’Administration Bush actuellement avec l’inculpation de Scooter Libby ex conseiller du vice président américain Dick Cheney mis lui aussi sur la sellette dans cette affaire.

Source: Les informations contenues dans cet article proviennent d’un article d’Amy Goodman et David Goodman paru sur le site de Common Dreams en août 2004 intitulé "Hiroshima cover up : how the war Department’s Timesman won the Pulitzer".

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Témoignage d'une hibakusha rescapée du génocide nucléaire

Monday, March 28, 2011

Les projets secrets pour le Yémen

Par F. William Engdahl*
pour http://www.voltairenet.org

Le 25 décembre 2009 les autorités états-uniennes arrêtaient un Nigérian, Abdulmutallab, à bord du vol de la Northwest Airlines reliant Amsterdam à Detroit ; il était accusé d’avoir tenté de faire exploser l’avion avec une bombe qu’il avait dissimulée à l’embarquement. Les jours suivants, de nombreuses dépêches se succédaient sur CNN, dans le New York Times et dans d’autres medias selon lesquelles il était « soupçonné » d’avoir suivi un entraînement au Yémen pour cette mission terroriste. C’est ainsi que le monde a vu émerger une nouvelle cible de la Guerre contre le terrorisme états-unienne, un État isolé et démuni de la péninsule arabique : le Yémen. En observant de plus près le contexte d’apparition de cette supposée menace, l’agenda secret du Pentagone et des services secrets états-uniens pour le Yémen apparait plus clairement.



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Le détroit de Bab el-Mandab, qui se partage entre le Yémen, l’Érythrée et Djibouti, vu de l’espace
Depuis quelques mois, le monde assiste à l’intensification soutenue des opérations militaires états-uniennes au Yémen, un pays désespérément pauvre, voisin de l’Arabie Saoudite par sa frontière septentrionale, de la mer Rouge à l’ouest, et du golfe d’Aden au sud qui donne accès à la mer d’Arabie, bordant un autre pays désolé ayant également fait la une des médias récemment : la Somalie. Les preuves collectées portent à croire que le Pentagone et les services secrets états-uniens positionnent des unités militarisées autour de l’un des goulots d’étranglement stratégiques du trafic mondial de pétrole, Bab el-Mandab. Profitant des actes de piraterie en Somalie et des annonces faites à propos de la réémergence de la menace d’Al-Qaïda depuis le Yémen, les États-Unis visent à militariser l’une des voies d’acheminement de pétrole les plus vitales. Plus encore, les réserves de pétrole non-exploitées au Yémen et en Arabie Saoudite seraient les plus importantes au monde.
Le Nigérian âgé de 30 ans, accusé de la tentative d’attentat ratée, Abdulmutallab, aurait avoué que cette mission lui avait été confiée par Al-Qaïda pour la péninsule arabique (AQAP), basée au Yémen. Cette déclaration opportune permet de tourner l’attention de l’opinion publique sur le Yémen en le faisant apparaitre comme le nouveau centre névralgique de ce que l’on désigne comme l’organisation terroriste Al-Qaïda.
C’est précisément ce que soutient sur son blog Bruce Riedel (un ancien agent de la CIA durant trente ans, qui a conseillé le président Obama pour élaborer la politique du surge en Afghanistan) en évoquant les liens supposés entre le terroriste présumé et le Yémen : « La tentative de destruction du vol 253 de la Northwest Airlines entre Amsterdam et Détroit le jour de Noël démontre l’ambition grandissante de la branche d’Al-Qaïda au Yémen, qui, partie d’un programme d’action auparavant centré sur le Yémen, joue depuis un an un rôle dans le jihad islamique mondial. Le gouvernement affaibli du président yéménite Ali Abdallah Saleh, qui n’est jamais parvenu à contrôler entièrement le pays et qui fait à présent face à d’innombrables problèmes, aura besoin d’un fort soutien des États-Unis pour contrer l’AQAP. » [1]

Éléments introductifs à la géopolitique du Yémen

Avant de poursuivre notre propos au sujet de cet incident, il faut regarder de plus près la situation actuelle du Yémen. Plusieurs éléments s’avèrent déconcertants dès lors qu’ils sont mis en parallèle avec les annonces répétées de Washington quant à la résurgence de la menace d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique.
Dès le début de l’année 2009, les pièces se sont mises en mouvement sur l’échiquier yéménite. Tariq al-Fadhli, un ancien chef de guerre jihadiste, originaire du Sud-Yémen, brisait l’alliance qu’il avait passée quinze ans auparavant avec le gouvernement yéménite du président Ali Abdallah Saleh. Tariq al-Fadhli annonçait alors qu’il rejoignait la large coalition d’opposition réunie dans le Mouvement du Sud. À la fin des années 1980, Tariq al-Fadhli participait au mouvement des Moudjahidine en Afghanistan. Sa rupture avec le gouvernement de Saleh fut annoncée dans les médias yéménites et arabes en avril 2009. La prise de distance de Tariq al-Fadhli avec la dictature yéménite donna un nouveau souffle au Mouvement du Sud. Al-Fadhli est d’ailleurs devenu l’une des figures majeures de la coalition.
Le Yémen est un agrégat artificiel, créé après la dislocation de l’URSS en 1990, alors le principal soutien de la République démocratique populaire du Yémen (Sud-Yémen). L’unification de la République arabe du Yémen (Nord-Yémen) et du Sud-Yémen généra un optimisme rapidement étouffé par la courte guerre civile de 1994. Les factions de l’armée du Sud-Yémen avaient alors organisé une révolte dénonçant la corruption et le caractère oligarchique du pouvoir du président Ali Abdallah Saleh. Celui-ci dirige seul le pays depuis 1978, d’abord au titre de président de la République arabe du Yémen, puis en tant que président du Yémen unifié depuis 1990. La rébellion menée par l’armée du Sud-Yémen échoua après l’alliance du président Saleh avec Tariq al-Fadhli, avec d’autres leaders salafistes yéménites, partisans d’une interprétation conservatrice de l’Islam, et avec des jihadistes. Cette manœuvre fut exécutée pour peser face à l’héritage marxiste du Parti socialiste du Sud-Yémen.
Avant 1990, Washington et le Royaume d’Arabie Saoudite soutenaient et apportaient leur aide à Saleh dans sa politique d’islamisation ; ils faisaient alors le pari de contenir les ambitions communistes du Sud-Yémen [2]. Depuis lors, Saleh s’est appuyé sur les puissantes mouvances salafistes jihadistes pour affermir son pouvoir despotique. La rupture d’al-Fadhli avec le pouvoir et son ralliement au groupe d’opposition du sud aux côtés de ses anciens ennemis socialistes portèrent un sérieux revers au président Saleh.
Le 28 avril 2009, immédiatement après l’annonce du ralliement d’al-Fadhli à la coalition du Mouvement du Sud, les mouvements de protestation se sont intensifiés dans les provinces de Lahij, Ad Dali et Hadramaout. Des dizaines de milliers de personnes, exerçant dans le civil ou dans l’armée, s’estimant abandonnées, manifestèrent pour réclamer de meilleurs salaires et davantage de protection sociale. Ces manifestations ne cessent de se multiplier depuis 2006. Pour la première fois, al-Fadhli fit une apparition publique lors des manifestations d’avril 2009. Sa présence a transformé le mouvement socialiste du Sud-Yémen, alors moribond, en une puissante vague nationaliste. Elle a également poussé le président Saleh à l’action, et celui-ci, inquiet des conséquences possibles du mouvement dans toute la péninsule arabique, demanda l’aide de l’Arabie Saoudite et des autres États du Conseil de coopération du Golfe.
Dans le nord du Yémen, Saleh fait face à une rébellion chiite d’obédience zaydite menée par al-Houthi, ce qui complique encore un peu plus la situation de ce pays manqué, comme le qualifient certains. Le 11 septembre 2009, lors d’une interview pour Al-Jazeera, Saleh accusait le leader de l’opposition chiite d’Irak, Moqtada al-Sadr, ainsi que l’Iran, d’apporter leur soutien aux rebelles du Nord-Yémen appartenant à la mouvance chiite ralliée à al-Houthi. Le président Saleh déclarait : « Nous ne pouvons pas accuser l’administration officielle iranienne, mais des Iraniens nous ont confié qu’ils étaient préparés à établir une médiation. Ceci signifie que l’Iran a des contacts avec [les partisans d’al-Houthi], étant donné que les Iraniens veulent intervenir entre le gouvernement yéménite et ces rebelles. De même, Moqtada al-Sadr, depuis Nadjaf en Irak, demande à être choisi comme médiateur. Cela montre qu’ils sont tous en contact les uns avec les autres. » [3]
Les autorités yéménites ont annoncé la découverte de caches d’armes obtenues via l’Iran. De leur côté, les partisans d’al-Houthi affirment avoir mis la main sur des équipements de l’armée du Yémen portant la marque d’une fabrication en Arabie Saoudite ; ils donnent ainsi un fondement à l’accusation qu’ils prononcent contre le gouvernement de Sanaa (la capitale du Yémen et le siège de l’ambassade des États-Unis) d’être aux ordres de l’Arabie Saoudite. L’Iran a démenti la découverte d’armes iraniennes dans le Nord-Yémen, qualifiant d’infondées les accusations qui font de l’Iran un soutien aux rebelles. [4]

Que dire d’Al-Qaïda ?

Le portrait qui se dégage à présent du président Saleh est celui d’un dictateur aux abois, soutenu par les États-Unis, en perte fulgurante de pouvoir, après deux décennies de despotisme dans le Yémen unifié. L’économie du pays a connu une phase de ralentissement spectaculaire en 2008, lorsque le prix du pétrole s’est effondré. Près de 70% des richesses du Yémen proviennent de l’exploitation du pétrole. Le gouvernement central de Saleh est installé à Sanaa, dans le nord du pays, tandis que le pétrole se trouve dans le sud du Yémen. Pourtant, c’est bien Saleh qui contrôle les flux de capitaux issus du pétrole. Pour Saleh, l’amoindrissement des bénéfices provenant du pétrole a rendu inévitable la redite de l’option à laquelle il a l’habitude de céder : celle de corrompre les groupes d’opposition.
C’est dans ce contexte intérieur chaotique, qu’est intervenue, en janvier 2009, l’annonce, abondamment reprise sur des sites Internet soigneusement sélectionnés, selon laquelle Al-Qaïda, la supposée organisation terroriste créée par le Saoudien, autrefois entraîné par la CIA, Oussama ben Laden, aurait développé une branche importante au Yémen dédiée aux opérations en Arabie Saoudite et au Yémen.
Le 20 janvier 2009, Nasir al-Wahayshi, le chef d’Al-Qaïda au Yémen, annonçait, via les forums jihadistes en ligne, la formation d’un groupe unique à ses ordres pour la péninsule arabique. Selon al-Wahayshi, ce nouveau groupe, Al-Qaïda pour la péninsule arabique, serait composé des membres d’Al-Qaïda au Yémen, rejoints par ceux du réseau démantelé d’Al-Qaïda en Arabie Saoudite. Il est intéressant de constater que la presse a alors affirmé que le Saoudien Abu-Sayyaf al-Shihri, un ancien détenu de Guantanamo (n° 372) officierait en tant qu’adjoint d’al-Wahayshi.
Quelques jours plus tard, une vidéo était mise en ligne par al-Wahayshi, sous le titre alarmant : « Nous partons d’ici, et nous nous retrouverons à Al-Aqsa ». Al-Aqsa fait référence à la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, que les Juifs nomment le Mont du Temple, le site où s’élevait le temple de Salomon, et que les Musulmans appellent Al-Haram Al-Sharif. Dans cette vidéo, des menaces sont d’abord formulées contre les dirigeants musulmans – dont le président du Yémen Saleh, la famille royale saoudienne et le président égyptien Moubarak. La vidéo affirme ensuite la volonté de l’organisation terroriste d’exporter le jihad du Yémen vers Israël afin de « libérer » les sites sacrés de l’Islam et la bande de Gaza, des opérations qui pourraient déclencher un troisième conflit mondial si certains sont assez fous pour aller jusque-là.
Outre les propos de l’ex-détenu de Guantanamo al-Shihri, la vidéo citent ceux d’Abu Hareth Muhammad al-Awfi, présenté comme un chef militaire, et qui aurait été le détenu n°333 à Guantanamo. Étant entendu que la torture échoue à récolter des confessions fiables, certains analystes ont envisagé que l’objectif réel des interrogatoires menés par la CIA et le Pentagone à Guantanamo depuis 2001 était d’utiliser des techniques brutales afin d’entraîner ou de recruter des cellules terroristes dormantes, activées sur ordre des services secrets états-uniens, une accusation aussi difficile à prouver qu’à réfuter. On ne peut que s’interroger sur la présence de ces deux anciens « hauts diplômés » de Guantanamo au sein de la nouvelle cellule d’AQAP.
En apparence, al-Fadhi et le Mouvement du Sud dont le soutien populaire s’est étendu, considèrent Al-Qaïda au Yémen comme infréquentable. Dans une interview, al-Fadhi déclarait : « J’entretiens des relations très proches avec tous les mouvements jihadistes du nord, du sud et d’ailleurs, mais pas avec Al-Qaïda. » [5] Cela n’a pas empêché le président Saleh d’affirmer que le Mouvement du Sud et Al-Qaïda ne faisait qu’un, une position commode pour s’assurer le soutien de Washington.
Selon des rapports des services secrets états-uniens, le sud du Yémen abriterait tout au plus 200 membres d’Al-Qaïda. [6]
En mai 2009, al-Fadhi s’est démarqué d’Al-Qaïda et affirmait dans la presse : « Il y a quinze ans, nous [le Sud-Yémen] avons été envahis et nous subissons une occupation immorale. Nous sommes donc attelés à servir notre cause et nous ne servons aucune autre cause sur la planète. Nous voulons notre indépendance et mettre un terme à cette occupation. » [7]. Le jour même, profitant de l’aubaine, Al Qaïda promouvait son action et affichait son soutien à la cause du Sud-Yémen.
Le 14 mai 2009, dans une bande sonore diffusée sur Internet, al-Wahayshi, le leader d’AQAP, exprimait sa sympathie envers le peuple des provinces méridionales dans sa tentative de défense contre «  l’oppression  » qu’il subit et déclarait : « Ce qui se passe dans les gouvernorats de Lahij, d’Ad Dali, d’Abyan, de Hadramaout et dans les autres provinces du sud est inacceptable. Nous devons soutenir et aider [les sud-yéménites]. » Il promettait également des représailles : « L’oppression que vous subissez ne saurait se passer de punition… le meurtre de Musulmans dans la rue constitue un crime grave et injustifié. » [8]
La prétendue émergence d’Al-Qaïda au Sud-Yémen, une base modeste dont on ne cesse pourtant pas de parler, sur les terres du Mouvement du Sud dans lequel certains observateurs voient un paravent au programme radical d’Al-Qaïda, est opportunément interprétée par le Pentagone comme un casus belli et sert de prétexte à l’intensification des opérations militaires de cette région stratégique.
En effet, après avoir déclaré que le conflit interne au Yémen était l’affaire du seul Yémen, le président Obama a ordonné des frappes aériennes sur le pays. Le Pentagone a déclaré que les attaques des 17 et 24 décembre avaient tué trois membres importants d’Al-Qaïda ; rien n’a cependant pu le prouver. À présent, le conte de Noël du terroriste de Détroit revivifie le programme de la Guerre contre le terrorisme au Yémen. Obama propose désormais un soutien militaire au gouvernement du président Saleh.

Les pirates somaliens de plus en plus actifs

En même temps que les titres de CNN égrainaient les nouvelles menaces terroristes venues du Yémen, sortaient comme d’un chapeau les annonces de l’intensification des attaques, devenues monnaie courante, de pirates somaliens sur la marine commerciale empruntant le golfe d’Aden et la mer d’Arabie depuis le sud du Yémen [9] ; une intensification faisant suite à une réduction des contrôles de patrouilles internationales.
Le 29 décembre 2009, la chaîne de télévision russe RAI Novosti rapportait que des pirates somaliens avaient capturé un cargo grec dans le golfe d’Aden au large de la Somalie. Plus tôt au cours de la même journée, un chimiquier britannique et les vingt-six membres de son équipage étaient également interceptés par des pirates dans le golfe d’Aden. Prouvant sa maitrise de l’utilisation des médias occidentaux, le chef des pirates, Mohamed Shakir, annonçait par téléphone au journal britannique le Times : « Nous avons intercepté un navire battant pavillon britannique dans le golfe d’Aden tard hier soir. » Un compte-rendu des services secrets états-uniens (cité par Stratfor) rapporte que le Times, propriété de Rupert Murdoch, soutien financier des néo-conservateurs, est parfois utilisé par les services secrets israéliens pour faire germer des histoires accommodantes.
Ces deux derniers événements portèrent le nombre des attaques et des détournements de navires à un niveau record. Pour l’année 2009, au 22 décembre, les attaques par des pirates somaliens dans le golfe d’Aden et au large de la côte orientale de la Somalie s’élevaient à 174, et concernaient 35 navires détournés et 587 personnes prises en otage ; cela représente la quasi-totalité des attaques de piraterie réussis dans le monde, selon le Centre de surveillance de la piraterie du Bureau maritime international. Une question se pose à présent : Auprès de qui les “pirates” somaliens obtiennent-ils les armes et la logistique leur permettant d’éviter les patrouilles internationales dépêchées par de nombreux États ?
Ainsi, le 3 janvier 2009, le président Saleh a reçu un appel téléphonique du président de la Somalie Sharif Sheik Ahmed ; ce dernier l’informait des derniers développements de la situation en Somalie. Sharif Ahmed, dont le propre pouvoir à Mogadiscio est si faible qu’il est parfois surnommé le président de l’aéroport de Mogadiscio, déclara à Saleh qu’il partagerait avec lui toutes les informations à sa disposition concernant les activités terroristes initiées en Somalie qui menaceraient la stabilité et la sécurité du Yémen et de la région.
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Le goulot d’étranglement pétrolier et autres affaires pétrolières

L’importance stratégique de la région située entre le Yémen et la Somalie revêt ici une signification géopolitique particulière. C’est en effet là que se trouve le site de Bab el-Mandab, que le gouvernement états-unien classe parmi les sept principaux goulots d’étranglement stratégiques dans le domaine du transport pétrolier. L’Agence de l’information sur l’énergie (EIA) états-unienne précise que « la fermeture de Bab el-Mandab pourrait empêcher les tankers du Golfe Persique d’atteindre le Canal de Suez et le complexe d’oléoducs de Sumed, les déroutant par le sud de l’Afrique. Le détroit de Bab el-Mandab est un goulot d’étranglement entre la corne africaine et le Moyen-Orient, ainsi qu’un pont stratégique entre la Mer Méditerranée et l’Océan Indien. » [10]
Au carrefour du Yémen, de Djibouti et de l’Érythrée, Bab el-Mandab relie la Golfe d’Aden à la Mer d’Arabie. Le pétrole et les autres marchandises en provenance du Golfe Persique doivent franchir Bab el-Mandab avant d’entrer dans le Canal de Suez. En 2006, le Département de l’énergie à Washington rapportait qu’un volume d’environ 3,3 millions de barils de pétrole transitait chaque jour par cette étroite voie navigable vers l’Europe, les États-Unis et l’Asie. L’essentiel du pétrole, soit environ 2,1 millions de barils par jour, prend la direction du nord par Bab el-Mandab vers le complexe de Suez/Sumed qui débouche sur la Méditerranée.
Un prétexte pour une militarisation par les États-Unis et l’OTAN des eaux entourant Bab el-Mandab serait l’occasion pour Washington de prendre un nouvel nouvel avantage dans sa poursuite du contrôle des sept goulots d’étranglement pétrolier les plus essentiels dans le monde, ce qui représente une part importante de toute future stratégie états-unienne destinée à priver de leur approvisionnement en pétrole la Chine, l’Union européenne ou toute autre région ou pays s’opposant à la politique US. Sachant que des volumes importants de pétrole saoudien transitent par Bab el-Mandab, le contrôle miliataire de ce point par les États-Unis servirait à dissuader l’Arabie Saoudite de contracter de futures ventes de pétrole avec la Chine, ou d’autres, dans une monnaie autre que le dollar, comme l’expliquait récemment Robert Fisk, le journaliste du quotidien britannique The Independent.
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Données de la production pétrolière yéménite (en bleu, la production et en rouge, la consommation)
(Source : EIA, gouvernement états-unien)
Les États-Unis seraient en outre en position de menacer le transport pétrolier chinois depuis Port-Soudan sur la Mer Rouge, juste au nord de Bab el-Mandab, un cordon d’approvisionnement vital pour les besoins énergétiques nationaux de la Chine.
Au-delà de sa situation géopolique en tant qu’important goulot d’étranglement du transit pétrolier mondial, le Yémen est en outre doté de réserves de pétroles importantes. Les bassins de Masila et de Shabwa récèlent d’après les compagnies pétrolières internationales de potentielles « découvertes de premier choix » [11]. Le Français Total et plusieurs autres compagnies pétrolières internationales de moindre taille sont engagés dans le développement de la production pétrolière yéménite. Il est possible que les préoccupations récentes de Washington concernant le Yémen aillent bien au-delà d’une simple organisation Al-Qaïda de bric et de brac dont l’exsitence même en tant qu’organisation terroriste globale a été mise en doute par de nombreux experts avisés de l’Islam.



 F. William Engdahl
Journaliste états-unien, il a publié de nombreux ouvrages consacrés aux questions énergétiques et géopolitiques. Derniers livres parus en français : Pétrole, une guerre d’un siècle : L’ordre mondial anglo-américain (Jean-Cyrille Godefroy éd., 2007) et OGM : semences de destruction : L’arme de la faim (Jean-Cyrille Godefroy éd., 2008).
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Traduction Nathalie Krieg
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[1] « The Menace of Yemen », par Bruce Riedel, The Daily Beast, 31 décembre 2009.
[2] « Yemen : Intensifying Problems for the Government », Stratfor, 7 mai 2009.
[3] Cité dans « Yemen President Accuses Iraq’s Sadrists of Backing the Houthi Insurgency », Terrorism Monitor, Jamestown Foundation, Volume : 7 Numéro : 28, 17 septembre 2009.
[4] NewsYemen, 8 septembre 2009 ; Yemen Observer, 10 septembre 2009.
[5] Albaidanew.com, le 14 mai 2009, cité par la Jamestown Foundation, op.cit.
[6] « Despite U.S. Aid, Yemen Faces Growing al-Qaeda Threat » , par Abigail Hauslohner, Time, 22 décembre 2009.
[7] Tariq al Fadhli, dans Al-Sharq al-Awsat, 14 mai 2009, cité par la Jamestown Foundation, op. cit.
[8] Interview d’al-Wahayshi, al Jazeera, 14 mai 2009.
[9] « Pirates, corsaires et flibustiers du XXIe siècle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 juin 2010.
[10] Département de l’énergie, Energy Information Administration (gouvernement états-unien), consulté ici
[11] Adelphi Energy, « Yemen Exploration Blocks 7 & 74 » Consulté ici.

Les projets secrets pour le Yémen

Par F. William Engdahl*
pour http://www.voltairenet.org

Le 25 décembre 2009 les autorités états-uniennes arrêtaient un Nigérian, Abdulmutallab, à bord du vol de la Northwest Airlines reliant Amsterdam à Detroit ; il était accusé d’avoir tenté de faire exploser l’avion avec une bombe qu’il avait dissimulée à l’embarquement. Les jours suivants, de nombreuses dépêches se succédaient sur CNN, dans le New York Times et dans d’autres medias selon lesquelles il était « soupçonné » d’avoir suivi un entraînement au Yémen pour cette mission terroriste. C’est ainsi que le monde a vu émerger une nouvelle cible de la Guerre contre le terrorisme états-unienne, un État isolé et démuni de la péninsule arabique : le Yémen. En observant de plus près le contexte d’apparition de cette supposée menace, l’agenda secret du Pentagone et des services secrets états-uniens pour le Yémen apparait plus clairement.



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Le détroit de Bab el-Mandab, qui se partage entre le Yémen, l’Érythrée et Djibouti, vu de l’espace
Depuis quelques mois, le monde assiste à l’intensification soutenue des opérations militaires états-uniennes au Yémen, un pays désespérément pauvre, voisin de l’Arabie Saoudite par sa frontière septentrionale, de la mer Rouge à l’ouest, et du golfe d’Aden au sud qui donne accès à la mer d’Arabie, bordant un autre pays désolé ayant également fait la une des médias récemment : la Somalie. Les preuves collectées portent à croire que le Pentagone et les services secrets états-uniens positionnent des unités militarisées autour de l’un des goulots d’étranglement stratégiques du trafic mondial de pétrole, Bab el-Mandab. Profitant des actes de piraterie en Somalie et des annonces faites à propos de la réémergence de la menace d’Al-Qaïda depuis le Yémen, les États-Unis visent à militariser l’une des voies d’acheminement de pétrole les plus vitales. Plus encore, les réserves de pétrole non-exploitées au Yémen et en Arabie Saoudite seraient les plus importantes au monde.
Le Nigérian âgé de 30 ans, accusé de la tentative d’attentat ratée, Abdulmutallab, aurait avoué que cette mission lui avait été confiée par Al-Qaïda pour la péninsule arabique (AQAP), basée au Yémen. Cette déclaration opportune permet de tourner l’attention de l’opinion publique sur le Yémen en le faisant apparaitre comme le nouveau centre névralgique de ce que l’on désigne comme l’organisation terroriste Al-Qaïda.
C’est précisément ce que soutient sur son blog Bruce Riedel (un ancien agent de la CIA durant trente ans, qui a conseillé le président Obama pour élaborer la politique du surge en Afghanistan) en évoquant les liens supposés entre le terroriste présumé et le Yémen : « La tentative de destruction du vol 253 de la Northwest Airlines entre Amsterdam et Détroit le jour de Noël démontre l’ambition grandissante de la branche d’Al-Qaïda au Yémen, qui, partie d’un programme d’action auparavant centré sur le Yémen, joue depuis un an un rôle dans le jihad islamique mondial. Le gouvernement affaibli du président yéménite Ali Abdallah Saleh, qui n’est jamais parvenu à contrôler entièrement le pays et qui fait à présent face à d’innombrables problèmes, aura besoin d’un fort soutien des États-Unis pour contrer l’AQAP. » [1]

Éléments introductifs à la géopolitique du Yémen

Avant de poursuivre notre propos au sujet de cet incident, il faut regarder de plus près la situation actuelle du Yémen. Plusieurs éléments s’avèrent déconcertants dès lors qu’ils sont mis en parallèle avec les annonces répétées de Washington quant à la résurgence de la menace d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique.
Dès le début de l’année 2009, les pièces se sont mises en mouvement sur l’échiquier yéménite. Tariq al-Fadhli, un ancien chef de guerre jihadiste, originaire du Sud-Yémen, brisait l’alliance qu’il avait passée quinze ans auparavant avec le gouvernement yéménite du président Ali Abdallah Saleh. Tariq al-Fadhli annonçait alors qu’il rejoignait la large coalition d’opposition réunie dans le Mouvement du Sud. À la fin des années 1980, Tariq al-Fadhli participait au mouvement des Moudjahidine en Afghanistan. Sa rupture avec le gouvernement de Saleh fut annoncée dans les médias yéménites et arabes en avril 2009. La prise de distance de Tariq al-Fadhli avec la dictature yéménite donna un nouveau souffle au Mouvement du Sud. Al-Fadhli est d’ailleurs devenu l’une des figures majeures de la coalition.
Le Yémen est un agrégat artificiel, créé après la dislocation de l’URSS en 1990, alors le principal soutien de la République démocratique populaire du Yémen (Sud-Yémen). L’unification de la République arabe du Yémen (Nord-Yémen) et du Sud-Yémen généra un optimisme rapidement étouffé par la courte guerre civile de 1994. Les factions de l’armée du Sud-Yémen avaient alors organisé une révolte dénonçant la corruption et le caractère oligarchique du pouvoir du président Ali Abdallah Saleh. Celui-ci dirige seul le pays depuis 1978, d’abord au titre de président de la République arabe du Yémen, puis en tant que président du Yémen unifié depuis 1990. La rébellion menée par l’armée du Sud-Yémen échoua après l’alliance du président Saleh avec Tariq al-Fadhli, avec d’autres leaders salafistes yéménites, partisans d’une interprétation conservatrice de l’Islam, et avec des jihadistes. Cette manœuvre fut exécutée pour peser face à l’héritage marxiste du Parti socialiste du Sud-Yémen.
Avant 1990, Washington et le Royaume d’Arabie Saoudite soutenaient et apportaient leur aide à Saleh dans sa politique d’islamisation ; ils faisaient alors le pari de contenir les ambitions communistes du Sud-Yémen [2]. Depuis lors, Saleh s’est appuyé sur les puissantes mouvances salafistes jihadistes pour affermir son pouvoir despotique. La rupture d’al-Fadhli avec le pouvoir et son ralliement au groupe d’opposition du sud aux côtés de ses anciens ennemis socialistes portèrent un sérieux revers au président Saleh.
Le 28 avril 2009, immédiatement après l’annonce du ralliement d’al-Fadhli à la coalition du Mouvement du Sud, les mouvements de protestation se sont intensifiés dans les provinces de Lahij, Ad Dali et Hadramaout. Des dizaines de milliers de personnes, exerçant dans le civil ou dans l’armée, s’estimant abandonnées, manifestèrent pour réclamer de meilleurs salaires et davantage de protection sociale. Ces manifestations ne cessent de se multiplier depuis 2006. Pour la première fois, al-Fadhli fit une apparition publique lors des manifestations d’avril 2009. Sa présence a transformé le mouvement socialiste du Sud-Yémen, alors moribond, en une puissante vague nationaliste. Elle a également poussé le président Saleh à l’action, et celui-ci, inquiet des conséquences possibles du mouvement dans toute la péninsule arabique, demanda l’aide de l’Arabie Saoudite et des autres États du Conseil de coopération du Golfe.
Dans le nord du Yémen, Saleh fait face à une rébellion chiite d’obédience zaydite menée par al-Houthi, ce qui complique encore un peu plus la situation de ce pays manqué, comme le qualifient certains. Le 11 septembre 2009, lors d’une interview pour Al-Jazeera, Saleh accusait le leader de l’opposition chiite d’Irak, Moqtada al-Sadr, ainsi que l’Iran, d’apporter leur soutien aux rebelles du Nord-Yémen appartenant à la mouvance chiite ralliée à al-Houthi. Le président Saleh déclarait : « Nous ne pouvons pas accuser l’administration officielle iranienne, mais des Iraniens nous ont confié qu’ils étaient préparés à établir une médiation. Ceci signifie que l’Iran a des contacts avec [les partisans d’al-Houthi], étant donné que les Iraniens veulent intervenir entre le gouvernement yéménite et ces rebelles. De même, Moqtada al-Sadr, depuis Nadjaf en Irak, demande à être choisi comme médiateur. Cela montre qu’ils sont tous en contact les uns avec les autres. » [3]
Les autorités yéménites ont annoncé la découverte de caches d’armes obtenues via l’Iran. De leur côté, les partisans d’al-Houthi affirment avoir mis la main sur des équipements de l’armée du Yémen portant la marque d’une fabrication en Arabie Saoudite ; ils donnent ainsi un fondement à l’accusation qu’ils prononcent contre le gouvernement de Sanaa (la capitale du Yémen et le siège de l’ambassade des États-Unis) d’être aux ordres de l’Arabie Saoudite. L’Iran a démenti la découverte d’armes iraniennes dans le Nord-Yémen, qualifiant d’infondées les accusations qui font de l’Iran un soutien aux rebelles. [4]

Que dire d’Al-Qaïda ?

Le portrait qui se dégage à présent du président Saleh est celui d’un dictateur aux abois, soutenu par les États-Unis, en perte fulgurante de pouvoir, après deux décennies de despotisme dans le Yémen unifié. L’économie du pays a connu une phase de ralentissement spectaculaire en 2008, lorsque le prix du pétrole s’est effondré. Près de 70% des richesses du Yémen proviennent de l’exploitation du pétrole. Le gouvernement central de Saleh est installé à Sanaa, dans le nord du pays, tandis que le pétrole se trouve dans le sud du Yémen. Pourtant, c’est bien Saleh qui contrôle les flux de capitaux issus du pétrole. Pour Saleh, l’amoindrissement des bénéfices provenant du pétrole a rendu inévitable la redite de l’option à laquelle il a l’habitude de céder : celle de corrompre les groupes d’opposition.
C’est dans ce contexte intérieur chaotique, qu’est intervenue, en janvier 2009, l’annonce, abondamment reprise sur des sites Internet soigneusement sélectionnés, selon laquelle Al-Qaïda, la supposée organisation terroriste créée par le Saoudien, autrefois entraîné par la CIA, Oussama ben Laden, aurait développé une branche importante au Yémen dédiée aux opérations en Arabie Saoudite et au Yémen.
Le 20 janvier 2009, Nasir al-Wahayshi, le chef d’Al-Qaïda au Yémen, annonçait, via les forums jihadistes en ligne, la formation d’un groupe unique à ses ordres pour la péninsule arabique. Selon al-Wahayshi, ce nouveau groupe, Al-Qaïda pour la péninsule arabique, serait composé des membres d’Al-Qaïda au Yémen, rejoints par ceux du réseau démantelé d’Al-Qaïda en Arabie Saoudite. Il est intéressant de constater que la presse a alors affirmé que le Saoudien Abu-Sayyaf al-Shihri, un ancien détenu de Guantanamo (n° 372) officierait en tant qu’adjoint d’al-Wahayshi.
Quelques jours plus tard, une vidéo était mise en ligne par al-Wahayshi, sous le titre alarmant : « Nous partons d’ici, et nous nous retrouverons à Al-Aqsa ». Al-Aqsa fait référence à la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, que les Juifs nomment le Mont du Temple, le site où s’élevait le temple de Salomon, et que les Musulmans appellent Al-Haram Al-Sharif. Dans cette vidéo, des menaces sont d’abord formulées contre les dirigeants musulmans – dont le président du Yémen Saleh, la famille royale saoudienne et le président égyptien Moubarak. La vidéo affirme ensuite la volonté de l’organisation terroriste d’exporter le jihad du Yémen vers Israël afin de « libérer » les sites sacrés de l’Islam et la bande de Gaza, des opérations qui pourraient déclencher un troisième conflit mondial si certains sont assez fous pour aller jusque-là.
Outre les propos de l’ex-détenu de Guantanamo al-Shihri, la vidéo citent ceux d’Abu Hareth Muhammad al-Awfi, présenté comme un chef militaire, et qui aurait été le détenu n°333 à Guantanamo. Étant entendu que la torture échoue à récolter des confessions fiables, certains analystes ont envisagé que l’objectif réel des interrogatoires menés par la CIA et le Pentagone à Guantanamo depuis 2001 était d’utiliser des techniques brutales afin d’entraîner ou de recruter des cellules terroristes dormantes, activées sur ordre des services secrets états-uniens, une accusation aussi difficile à prouver qu’à réfuter. On ne peut que s’interroger sur la présence de ces deux anciens « hauts diplômés » de Guantanamo au sein de la nouvelle cellule d’AQAP.
En apparence, al-Fadhi et le Mouvement du Sud dont le soutien populaire s’est étendu, considèrent Al-Qaïda au Yémen comme infréquentable. Dans une interview, al-Fadhi déclarait : « J’entretiens des relations très proches avec tous les mouvements jihadistes du nord, du sud et d’ailleurs, mais pas avec Al-Qaïda. » [5] Cela n’a pas empêché le président Saleh d’affirmer que le Mouvement du Sud et Al-Qaïda ne faisait qu’un, une position commode pour s’assurer le soutien de Washington.
Selon des rapports des services secrets états-uniens, le sud du Yémen abriterait tout au plus 200 membres d’Al-Qaïda. [6]
En mai 2009, al-Fadhi s’est démarqué d’Al-Qaïda et affirmait dans la presse : « Il y a quinze ans, nous [le Sud-Yémen] avons été envahis et nous subissons une occupation immorale. Nous sommes donc attelés à servir notre cause et nous ne servons aucune autre cause sur la planète. Nous voulons notre indépendance et mettre un terme à cette occupation. » [7]. Le jour même, profitant de l’aubaine, Al Qaïda promouvait son action et affichait son soutien à la cause du Sud-Yémen.
Le 14 mai 2009, dans une bande sonore diffusée sur Internet, al-Wahayshi, le leader d’AQAP, exprimait sa sympathie envers le peuple des provinces méridionales dans sa tentative de défense contre «  l’oppression  » qu’il subit et déclarait : « Ce qui se passe dans les gouvernorats de Lahij, d’Ad Dali, d’Abyan, de Hadramaout et dans les autres provinces du sud est inacceptable. Nous devons soutenir et aider [les sud-yéménites]. » Il promettait également des représailles : « L’oppression que vous subissez ne saurait se passer de punition… le meurtre de Musulmans dans la rue constitue un crime grave et injustifié. » [8]
La prétendue émergence d’Al-Qaïda au Sud-Yémen, une base modeste dont on ne cesse pourtant pas de parler, sur les terres du Mouvement du Sud dans lequel certains observateurs voient un paravent au programme radical d’Al-Qaïda, est opportunément interprétée par le Pentagone comme un casus belli et sert de prétexte à l’intensification des opérations militaires de cette région stratégique.
En effet, après avoir déclaré que le conflit interne au Yémen était l’affaire du seul Yémen, le président Obama a ordonné des frappes aériennes sur le pays. Le Pentagone a déclaré que les attaques des 17 et 24 décembre avaient tué trois membres importants d’Al-Qaïda ; rien n’a cependant pu le prouver. À présent, le conte de Noël du terroriste de Détroit revivifie le programme de la Guerre contre le terrorisme au Yémen. Obama propose désormais un soutien militaire au gouvernement du président Saleh.

Les pirates somaliens de plus en plus actifs

En même temps que les titres de CNN égrainaient les nouvelles menaces terroristes venues du Yémen, sortaient comme d’un chapeau les annonces de l’intensification des attaques, devenues monnaie courante, de pirates somaliens sur la marine commerciale empruntant le golfe d’Aden et la mer d’Arabie depuis le sud du Yémen [9] ; une intensification faisant suite à une réduction des contrôles de patrouilles internationales.
Le 29 décembre 2009, la chaîne de télévision russe RAI Novosti rapportait que des pirates somaliens avaient capturé un cargo grec dans le golfe d’Aden au large de la Somalie. Plus tôt au cours de la même journée, un chimiquier britannique et les vingt-six membres de son équipage étaient également interceptés par des pirates dans le golfe d’Aden. Prouvant sa maitrise de l’utilisation des médias occidentaux, le chef des pirates, Mohamed Shakir, annonçait par téléphone au journal britannique le Times : « Nous avons intercepté un navire battant pavillon britannique dans le golfe d’Aden tard hier soir. » Un compte-rendu des services secrets états-uniens (cité par Stratfor) rapporte que le Times, propriété de Rupert Murdoch, soutien financier des néo-conservateurs, est parfois utilisé par les services secrets israéliens pour faire germer des histoires accommodantes.
Ces deux derniers événements portèrent le nombre des attaques et des détournements de navires à un niveau record. Pour l’année 2009, au 22 décembre, les attaques par des pirates somaliens dans le golfe d’Aden et au large de la côte orientale de la Somalie s’élevaient à 174, et concernaient 35 navires détournés et 587 personnes prises en otage ; cela représente la quasi-totalité des attaques de piraterie réussis dans le monde, selon le Centre de surveillance de la piraterie du Bureau maritime international. Une question se pose à présent : Auprès de qui les “pirates” somaliens obtiennent-ils les armes et la logistique leur permettant d’éviter les patrouilles internationales dépêchées par de nombreux États ?
Ainsi, le 3 janvier 2009, le président Saleh a reçu un appel téléphonique du président de la Somalie Sharif Sheik Ahmed ; ce dernier l’informait des derniers développements de la situation en Somalie. Sharif Ahmed, dont le propre pouvoir à Mogadiscio est si faible qu’il est parfois surnommé le président de l’aéroport de Mogadiscio, déclara à Saleh qu’il partagerait avec lui toutes les informations à sa disposition concernant les activités terroristes initiées en Somalie qui menaceraient la stabilité et la sécurité du Yémen et de la région.
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Le goulot d’étranglement pétrolier et autres affaires pétrolières

L’importance stratégique de la région située entre le Yémen et la Somalie revêt ici une signification géopolitique particulière. C’est en effet là que se trouve le site de Bab el-Mandab, que le gouvernement états-unien classe parmi les sept principaux goulots d’étranglement stratégiques dans le domaine du transport pétrolier. L’Agence de l’information sur l’énergie (EIA) états-unienne précise que « la fermeture de Bab el-Mandab pourrait empêcher les tankers du Golfe Persique d’atteindre le Canal de Suez et le complexe d’oléoducs de Sumed, les déroutant par le sud de l’Afrique. Le détroit de Bab el-Mandab est un goulot d’étranglement entre la corne africaine et le Moyen-Orient, ainsi qu’un pont stratégique entre la Mer Méditerranée et l’Océan Indien. » [10]
Au carrefour du Yémen, de Djibouti et de l’Érythrée, Bab el-Mandab relie la Golfe d’Aden à la Mer d’Arabie. Le pétrole et les autres marchandises en provenance du Golfe Persique doivent franchir Bab el-Mandab avant d’entrer dans le Canal de Suez. En 2006, le Département de l’énergie à Washington rapportait qu’un volume d’environ 3,3 millions de barils de pétrole transitait chaque jour par cette étroite voie navigable vers l’Europe, les États-Unis et l’Asie. L’essentiel du pétrole, soit environ 2,1 millions de barils par jour, prend la direction du nord par Bab el-Mandab vers le complexe de Suez/Sumed qui débouche sur la Méditerranée.
Un prétexte pour une militarisation par les États-Unis et l’OTAN des eaux entourant Bab el-Mandab serait l’occasion pour Washington de prendre un nouvel nouvel avantage dans sa poursuite du contrôle des sept goulots d’étranglement pétrolier les plus essentiels dans le monde, ce qui représente une part importante de toute future stratégie états-unienne destinée à priver de leur approvisionnement en pétrole la Chine, l’Union européenne ou toute autre région ou pays s’opposant à la politique US. Sachant que des volumes importants de pétrole saoudien transitent par Bab el-Mandab, le contrôle miliataire de ce point par les États-Unis servirait à dissuader l’Arabie Saoudite de contracter de futures ventes de pétrole avec la Chine, ou d’autres, dans une monnaie autre que le dollar, comme l’expliquait récemment Robert Fisk, le journaliste du quotidien britannique The Independent.
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Données de la production pétrolière yéménite (en bleu, la production et en rouge, la consommation)
(Source : EIA, gouvernement états-unien)
Les États-Unis seraient en outre en position de menacer le transport pétrolier chinois depuis Port-Soudan sur la Mer Rouge, juste au nord de Bab el-Mandab, un cordon d’approvisionnement vital pour les besoins énergétiques nationaux de la Chine.
Au-delà de sa situation géopolique en tant qu’important goulot d’étranglement du transit pétrolier mondial, le Yémen est en outre doté de réserves de pétroles importantes. Les bassins de Masila et de Shabwa récèlent d’après les compagnies pétrolières internationales de potentielles « découvertes de premier choix » [11]. Le Français Total et plusieurs autres compagnies pétrolières internationales de moindre taille sont engagés dans le développement de la production pétrolière yéménite. Il est possible que les préoccupations récentes de Washington concernant le Yémen aillent bien au-delà d’une simple organisation Al-Qaïda de bric et de brac dont l’exsitence même en tant qu’organisation terroriste globale a été mise en doute par de nombreux experts avisés de l’Islam.



 F. William Engdahl
Journaliste états-unien, il a publié de nombreux ouvrages consacrés aux questions énergétiques et géopolitiques. Derniers livres parus en français : Pétrole, une guerre d’un siècle : L’ordre mondial anglo-américain (Jean-Cyrille Godefroy éd., 2007) et OGM : semences de destruction : L’arme de la faim (Jean-Cyrille Godefroy éd., 2008).
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Traduction Nathalie Krieg
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[1] « The Menace of Yemen », par Bruce Riedel, The Daily Beast, 31 décembre 2009.
[2] « Yemen : Intensifying Problems for the Government », Stratfor, 7 mai 2009.
[3] Cité dans « Yemen President Accuses Iraq’s Sadrists of Backing the Houthi Insurgency », Terrorism Monitor, Jamestown Foundation, Volume : 7 Numéro : 28, 17 septembre 2009.
[4] NewsYemen, 8 septembre 2009 ; Yemen Observer, 10 septembre 2009.
[5] Albaidanew.com, le 14 mai 2009, cité par la Jamestown Foundation, op.cit.
[6] « Despite U.S. Aid, Yemen Faces Growing al-Qaeda Threat » , par Abigail Hauslohner, Time, 22 décembre 2009.
[7] Tariq al Fadhli, dans Al-Sharq al-Awsat, 14 mai 2009, cité par la Jamestown Foundation, op. cit.
[8] Interview d’al-Wahayshi, al Jazeera, 14 mai 2009.
[9] « Pirates, corsaires et flibustiers du XXIe siècle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 juin 2010.
[10] Département de l’énergie, Energy Information Administration (gouvernement états-unien), consulté ici
[11] Adelphi Energy, « Yemen Exploration Blocks 7 & 74 » Consulté ici.

Thursday, March 24, 2011

L’Azerbaïdjan fera-t-elle plier l’Europe ?

par Igor Fiatti
pour  http://blog.mondediplo.net

Consciente de sa vulnérabilité après les différents épisodes de la « guerre du gaz » qui a opposé la Russie avec les pays de transit (principalement l’Ukraine), l’Union européenne a depuis quelque temps tourné les yeux vers le gaz et le pétrole de la mer Caspienne. Parmi les Etats riverains, l’Azerbaïdjan est sans doute le rouage le plus irremplaçable de la stratégie de diversification énergétique communautaire, autant comme fournisseur immédiat que futur pays de transit. Mais voilà : l’Europe appelle Bakou, et Bakou ne répond pas. Bakou le « voisin » traîne les pieds, feint d’ignorer les avances de Bruxelles pour faire monter les enchères et profiter à plein de sa position géostratégique clé.
L’Azerbaïdjan compte faire peser lourdement la question énergétique sur le fragile équilibre géopolitique du Caucase, ce qui risque de compliquer la stratégie de l’Union européenne dans la région. A la différence de la Géorgie où il est impossible de trouver un drapeau national qui ne soit accompagné du drapeau européen, Bakou, de son côté, ne montre pas vraiment d’intérêt pour le club des Vingt-Sept. Il suffit pour s’en convaincre — lorsqu’on est dans la capitale — d’un regard à 360°. On découvre une ville-chantier en pleine métamorphose, une modernisation tourbillonnante qui ferait presque pâlir le Berlin de l’après-guerre froide. Gratte-ciel et frises néo-mauresques se mélangent aux bâtiments soviétiques et aux édifices haussmanniens.
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Fièvre de construction à Bakou
Photo : Philippe Rekacewicz, 2004.
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Les « petits châteaux » de la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2006
Dans cette course à la construction, les promoteurs turcs se taillent la part du lion. Les griffes de luxe se sont offert des vitrines hors de prix avec vue sur la mer Caspienne le long de la « Perspective des pétroliers » dont le style « art nouveau astiqué » rappelle les frères Nobel, les Rothschild et autres barons du boom pétrolier de la fin du XIXe siècle. Les dividendes du pétrole ne sont pas perdus pour tout le monde. Et l’on comprend, dans ces circonstances, que Bruxelles n’ait qu’une faible marge de manœuvre. « Que peut-on offrir aux Azéris ? » se demandent certains fonctionnaires européens. « Des programmes phytosanitaires et des échanges d’étudiants », ironise-t-on dans les couloirs de la Commission.
Enchâssé dans l’une des régions les plus instables de la planète, l’Azerbaïdjan est conscient de l’importance de sa position. Comme l’explique le ministre adjoint des affaires étrangères, Araz Azimov, « le meilleur partenaire de l’Azerbaïdjan est l’Azerbaïdjan lui-même. Nous devons compter sur nos ressources : sans doute non seulement sur le gaz et le pétrole, mais aussi sur nos ressources politiques. Nous sommes seuls, écrasés par la géographie et par les circonstances historiques ».
Cette position résume parfaitement les orientations qu’entendent poursuivre les autorités : « Nous rentrons dans la politique de voisinage de Bruxelles, mais nous ne faisons pas partie de l’Union européenne. De toute manière, même si l’on recevait une proposition concrète d’adhésion, il faut comprendre qu’elle pourrait difficilement s’enraciner dans un encadrement géographique si compliqué. Nous ne pouvons pas nous engager unilatéralement, c’est pour cette raison que nous ne sommes pas membres de l’OTAN : nous sommes un carrefour, nous devons avoir la même importance pour tout le monde. »
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Deux projets en concurrence
Esquisse : Philippe Rekacewicz, 2011.
Le chef adjoint de la diplomatie azérie ne rate pas une occasion de souligner les contradictions européennes en matière de politique énergétique en exprimant ouvertement ses doutes sur le projet du gazoduc Nabucco qui, en acheminant le gaz caspien de la Turquie à l’Autriche, doit garantir à l’Europe une alternative réelle aux routes d’importation russes, actuelles et futures (dont les deux mégas-projets russes Nord Stream et South Stream). « Notre mot d’ordre est la diversification, poursuit-il. Nous avons le gaz, nous voulons en vendre le plus possible et en même temps nous voulons éviter de mettre tous nos œufs dans le même panier. » Dans cette perspective, parler de la construction de Nabucco n’est pas réaliste. Le rapprochement entre la Turquie et l’Arménie n’a pas manqué d’inquiéter les autorités azerbaïdjanaises qui ont vu dans la nouvelle ligne politique d’Ankara une trahison de leurs « frères » turcophones alors que le conflit dans la région du Haut-Karabakh – actuellement sous contrôle militaire arménien – est bien loin d’être réglé. Mais, depuis que les deux pays ont rendu publique en septembre 2009 la feuille de route pour l’établissement de relations diplomatiques, il ne s’est pratiquement rien passé !
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Une plage aux alentours de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004
« Il y a des limites à ne pas dépasser. Nous ne menaçons personne, mais qu’est-ce que nous devrions faire dans ce contexte ? La Turquie et l’Arménie vont vers l’ouverture de leurs frontières alors qu’une grande partie de notre territoire est toujours occupé ! » a déclaré M. Azimov. Mais les pourparlers arméno-turcs étant au point mort, le pouvoir azerbaïdjanais en restera au simple niveau des déclarations. La position de Bakou reste la même depuis la fin de la guerre en 1994 : toutes ces questions sont étroitement liées les unes avec les autres, et rien ne pourra être réglé tant que les territoires occupés ne seront pas rendus. La société et l’opposition turques, comme les Azéris, sont très sensibles à ce sujet. Pour donner du corps et de la substance à ce discours, M. Azimov a ajouté que l’idée de contournement de la Turquie via la Mer Noire pour acheminer le gaz en Europe (à travers la Bulgarie) n’était plus une hypothèse mais un projet bien réel…
De son côté, la Russie ne reste pas inactive et entend mettre à profit son réseau de gazoducs hérité de la période soviétique. Elle a d’ores et déjà doublé la mise sur les ressources énergétiques de l’Azerbaïdjan en révisant un contrat signé en 2009 : au lieu des 500 millions de mètres cubes de gaz prévus dans l’accord initial, le géant russe Gazprom prévoit d’importer un milliard de mètres cubes en 2010 via le gazoduc Bakou-Novo Filya et plus de deux milliards en 2011 ! A Moscou, on minimise l’importance stratégique de l’accord en soulignant que ce gaz est destiné au marché intérieur, surtout à la région du Caucase Nord. « Pour nous c’est un volume négligeable, indique M. Azimov, mais de toutes façons, je ne vois pas pourquoi nous devrions exclure la Russie de notre stratégie de diversification. Quant à l’Iran, poursuit M. Azimov, la situation est pour nous très délicate. »
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Petite échoppe dans la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004.
Bakou observe avec beaucoup d’appréhension le bras de fer qui oppose les Iraniens à la communauté internationale sur le dossier nucléaire, hésitant à prendre ouvertement partie. D’une part, une importante communauté azerbaïdjanaise vit dans le nord-ouest de l’Iran, et d’autre part, l’enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan, qui, en raison des blocus, ne peut survivre que grâce aux approvisionnements iraniens et turcs.
Depuis quelques années déjà, le gaz et le pétrole azerbaïdjanais coulent à flot vers l’Occident à partir du terminal de Sangachal, centre énergétique vital du pays. Depuis Bakou, il faut rouler une cinquantaine de kilomètres vers le sud sur une autoroute en construction entre troupeaux, pâturages et vieux bâtiments soviétiques, avant d’apercevoir le terminal dont la silhouette tranche avec l’aridité de ce paysage côtier. Discret, mais fort bien protégé, c’est une sorte de « Fort Knox » de l’or noir et de l’or bleu. D’ici partent en parallèle le gazoduc sud-caucasien Bakou-Tbilissi-Erzurum (BTE), qui arrive en Turquie pour être raccordé au projet Nabucco, et l’oléoduc Bakou-Tbilisi-Ceyhan (BTC) pour acheminer le pétrole caspien jusque sur la côte turque de la Méditerranée. Le BTC a représenté un investissement d’environ 4 milliards de dollars, risqué par un consortium dirigé par la British Petroleum (BP). Par ces deux tubes transitent chaque jour 1,2 million de barils de pétrole et 50 millions de mètres cubes de gaz.
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Réalisme soviétique : dans la campagne azerbaïdjanaise
Artiste inconnu, photo prise dans un grand hôtel de Bakou en 2004
Malgré la crise économique mondiale, l’Azerbaïdjan a connu depuis 2005 une croissance à deux chiffres, trois à quatre fois plus rapide que celle de ses voisins arménien et géorgien. Le pays est dirigé d’une main de fer par la dynastie Aliev depuis 1993. Ilham, le fils, a remplacé en octobre 2003 Heydar, le père. L’opposition y est soigneusement muselée et la presse étroitement contrôlée. Onze journalistes étaient en prison au début de l’année 2010. M. Panah Huseyn, ex-prisonnier politique, est l’un des cinq députés de « l’opposition » qui, à l’Assemblée azerbaïdjanaise, fait face aux 120 parlementaires de la « majorité ». « Notre accès aux médias est impossible, admet-il, le pétrole est à la fois notre fortune et notre malédiction. Tant qu’il coulera, il faudra oublier la démocratie. » Par ailleurs, mis à part la poignée de privilégiés qui roulent dans de luxueux 4×4 ou des Hummer, le pays reste globalement pauvre et mal approvisionné. « Maintenant nous sommes dans une situation paradoxale en Azerbaïdjan : on discute de Nabucco ou du BRC, rappelle M. Ilham Shaban, qui dirige le Centre d’étude sur le pétrole à Bakou, mais 70 000 personnes dans la région de la capitale n’ont toujours pas le gaz à la maison, et dans de nombreuses zones rurales, il n’y a pas d’eau. »
La plupart des 600 000 personnes déplacées (depuis le début des années 1990) par le conflit du Haut-Karabakh vivent toujours dans des conditions précaires. Ici dans de vieux wagons de voyageurs désaffectés, là dans un immeuble insalubre où des dizaines de familles s’entassent dans des appartements à pièce unique avec pour unique revenu une allocation mensuelle de 20 euros. Ces réfugiés sont largement instrumentalisés par le pouvoir qui leur refuse une installation permanente et les montre volontiers à la télévision — de préférence en loques et racontant les mêmes histoires tragiques — espérant ainsi peser sur l’opinion publique nationale et internationale dans le conflit qui l’oppose à son ennemi arménien.
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Un territoire marqué par un lourd héritage soviétique et amputé de 13 % de sa surface
Carte : Philippe Rekacewicz, 2005. D’après des enquêtes de terrains et des consultations nationales menées en 2003 et 2004.
La situation s’est d’ailleurs tendue au cours de l’hiver 2009-2010 et l’on ne compte plus les déclarations belliqueuses du président Ilham Aliev, qui conditionne le moindre projet de coopération à la récupération de tous les territoires occupés. « Franchement, lorsqu’on a signé tous ces contrats, on attendait beaucoup plus d’aide de l’Ouest dans le conflit qui nous oppose à Erevan, poursuit M. Ilham Shaban. Nous voulons faire comprendre à nos partenaires occidentaux que, s’il veulent profiter du gaz de Shah Deniz qui sera mis en exploitation en 2016 et rentabiliser les projets de gazoducs tels que Nabucco, White Stream, ITGI ou Transadriatic, ils devront avant tout clarifier leur position au regard du conflit du Haut-Karabakh. Cela concerne aussi la Turquie. Ceux qui seront “avec” nous n’auront aucun problème d’approvisionnement. » On ne saurait être plus clair.
En quelques années, les revenus du pétrole et du gaz ont fourni à l’Azerbaïdjan un revenu conséquent qui a permis au pays un solide réarmement — les dépenses militaires représentent plus de trois milliards de dollars en 2011 —, lequel fait craindre une reprise du conflit gelé depuis 1994.
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Des dépenses militaires huit fois plus importantes qu’en Arménie
Esquisse : Ph. Re. 2011
« Ainsi, si toutes les négociations et la diplomatie échouent, affirme le ministre-adjoint de l’intérieur, M.Vilayat Eyvazov, nous serons prêts à utiliser d’autres moyens. Et l’un de ces moyens pourrait être la guerre. » Les Azéris menacent de plus en plus ouvertement de reprendre le contrôle des territoires occupés par la force pendant que la communauté internationale multiplie en vain ses efforts de pacification : Les pourparlers se poursuivent dans le cadre des négociations menées sous l’égide de l’OSCE, mais aucun camp ne semble prêt à faire les concessions nécessaires pour la signature d’un accord de paix.
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A le gare centrale de Bakou, le père et le fils
Photo : Ph. Re. 2003
Les hésitations de l’Union européenne sur la question du Haut-Karabakh ont très largement entamée sa crédibilité auprès de Bakou, désormais tenté de se lancer dans un chantage économique pour ramener ses partenaires ouest-européens à de « meilleurs sentiments ». A Bakou, où l’on raille volontiers l’attitude de l’Europe et de l’Occident en général dans leur politique caucasienne, on raconte cette histoire : On demande à un chien : Pourquoi aboies-tu ? Parce que je veux faire peur, répond le chien. Et pourquoi remues-tu la queue ? Parce que moi aussi, j’ai peur.
Igor Fiatti est journaliste.
L’exploitation du pétrole aux portes de Bakou
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Paysage pétrolier dans la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004
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Paysage pétrolier dans la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004
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Paysage pétrolier dans la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004.
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Paysage pétrolier dans la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004

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