Sunday, January 4, 2009

La nouvelle administration US : Obama choisit ceux qui ont échoué

Barack Obama, le chou-chou de Wall Street et de la City étiqueté par de bons publicitaires « candidat des pauvres » vient de nommer son équipe économique. L’ex-sénateur de l’Illinois, qui a conduit la campagne électorale la plus dispendieuse de l’Histoire grâce aux subsides de JP Morgan Chase et Goldman Sachs, a rappelé à la Maison-Blanche ceux qui y ont organisé la vague de dérégulation des années 90, observent Damien Millet et Éric Toussaint. Washington entend utiliser les désordres de la crise financière pour accélérer la globalisation.

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Barack Obama présente son équipe économique. De gauche à droite : Timothy Geithner, Christina Romer, Barack Obama, Lawrence Summers, Melody Barnes, Robert Rubin.

Certains s’attendaient à ce que Barack Obama, nouveau président des États-Unis, nomme une équipe économique profondément renouvelée afin de mettre en œuvre un New Deal. Obama allait changer le capitalisme, à défaut de l’abolir, et procéder à une nouvelle vague de régulation de l’économie. Mais en fait, Obama a choisi les plus conservateurs parmi les conseillers démocrates, ceux-là mêmes qui ont organisé la déréglementation forcenée quand Bill Clinton était président à la fin des années 1990. La cohérence de son choix, à travers trois noms emblématiques, est révélatrice.

Premier en piste, Robert Rubin est secrétaire au Trésor entre 1995 et 1999. Dès son arrivée, il est confronté à la crise financière au Mexique, premier grand échec du modèle néolibéral dans les années 1990. Par la suite, il impose avec le FMI un traitement de choc qui aggrave les crises survenues en Asie du Sud-Est en 1997-98, puis en Russie et en Amérique latine en 1999. Rubin ne doute toujours pas des bienfaits de la libéralisation et il contribue résolument à imposer aux populations des pays émergents des politiques qui dégradent leurs conditions de vie et augmentent les inégalités. Aux États-Unis, il pèse de tout son poids pour obtenir l’abrogation du Glass Steagall Act, ou Banking Act, en place depuis 1933, qui a notamment déclaré incompatibles les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement. La porte est alors grande ouverte pour toutes sortes d’excès de la part de financiers avides de profits maximums, rendant possible la crise internationale actuelle. Pour boucler la boucle, cette abrogation du Banking Act permet la fusion de Citicorp avec Travelers Group pour former le géant bancaire Citigroup. Par la suite, Robert Rubin devient l’un des principaux responsables de Citigroup… que le gouvernement des États-Unis vient de sauver dans l’urgence en novembre 2008 en garantissant pour plus de 300 milliards de dollars d’actifs ! Malgré cela, Rubin est l’un des principaux conseillers de Barack Obama.

Deuxième personnalité en scène, Lawrence Summers hérite pour sa part du poste de directeur du Conseil économique national de la Maison-Blanche. Son parcours comporte pourtant un certain nombre de taches qui auraient dû être indélébiles… En décembre 1991, alors économiste en chef de la Banque mondiale, Summers ose écrire dans une note interne : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. [...] L’inquiétude [à propos des agents toxiques] sera de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour attraper le cancer que dans un pays où la mortalité infantile est de 200 pour 1 000 à cinq ans » [1]. Il ajoute même, toujours en 1991 : « Il n’y a pas de [...] limites à la capacité d’absorption de la planète susceptibles de nous bloquer dans un avenir prévisible. Le risque d’une apocalypse due au réchauffement du climat ou à toute autre cause est inexistant. L’idée que le monde court à sa perte est profondément fausse. L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée » [2]. Avec Summers aux commandes, le capitalisme productiviste a un bel avenir.

Devenu secrétaire au Trésor sous Clinton en 1999, il fait pression sur le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, pour que celui-ci se débarrasse de Joseph Stiglitz qui lui a succédé au poste d’économiste en chef et qui est très critique sur les orientations néolibérales que Summers et Rubin mettent en œuvre aux quatre coins de la planète où s’allument des incendies financiers. Après l’arrivée de George W. Bush, il poursuit sa carrière en devenant président de l’université de Harvard en 2001, mais se signale particulièrement en février 2005 en se mettant à dos toute la communauté universitaire après une discussion au Bureau national de la recherche économique (NBER) [3]. Interrogé sur les raisons pour lesquelles on retrouve peu de femmes à un poste élevé dans le domaine scientifique, il affirme que celles-ci sont intrinsèquement moins douées que les hommes pour les sciences, en écartant comme explications possibles l’origine sociale et familiale ou une volonté de discrimination. Cela provoque une grande polémique [4] tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université. Malgré ses excuses, les protestations d’une majorité de professeurs et d’étudiants de Harvard l’obligent à démissionner en 2006.

Si sa responsabilité dans la situation actuelle n’est pas encore avérée, sa biographie consultable sur le site de l’université de Harvard au moment de sa présidence affirme qu’il a « dirigé l’effort de mise en œuvre de la plus importante déréglementation financière de ces 60 dernières années ». On ne saurait être plus clair !

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« The Economist », l’hebdomadaire des spéculateurs de la City, appelait à voter Obama.

Troisième personnalité choisie par Obama, Timothy Geithner vient d’être nommé secrétaire au Trésor. Actuellement président de la Banque centrale de New York, il a été sous-secrétaire au Trésor chargé des Affaires internationales entre 1998 et 2001, adjoint successivement de Rubin et de Summers, et actif notamment au Brésil, au Mexique, en Indonésie, en Corée du Sud et en Thaïlande, autant de symboles des ravages de l’ultralibéralisme qui ont connu de graves crises durant cette période. Les mesures préconisées par ce trio infernal ont fait payer le coût de la crise aux populations de ces pays. Rubin et Summers sont les mentors de Geithner. Aujourd’hui, l’élève rejoint ses maîtres. Nul doute qu’il va continuer à défendre les grandes institutions financières privées, sourd aux droits humains fondamentaux, bafoués aux États-Unis comme ailleurs suite aux politiques économiques qu’il défend avec véhémence.

Prétendre re-réguler une économie mondiale déboussolée en donnant les leviers de décision à ceux qui l’ont dérégulée aux forceps revient à vouloir éteindre un incendie en faisant appel à des pyromanes.


par Éric Toussaint*, Damien Millet*


 Éric Toussaint

Éric Toussaint est président du CADTM Belgique (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Banque du Sud et nouvelle crise internationale, CADTM/Syllepse, 2008.


Les articles de cet auteur


Damien Millet

Damien Millet est secrétaire général du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Dette odieuse (avec Frédédric Chauvreau), CADTM/Syllepse, 2006. .


Les articles de cet auteur




[1] Des extraits ont été publiés par The Economist (8 février 1992) ainsi que par The Financial Times (10 février 1992) sous le titre « Préservez la planète des économistes ».

[2] Lawrence Summers, à l’occasion de l’Assemblée annuelle de la Banque mondiale et du FMI à Bangkok en 1991, interview avec Kirsten Garrett, Background Briefing, Australian Broadcasting Company, second programme.

[3] Financial Times, 26-27 février 2005.

[4] La polémique a été également alimentée par la désapprobation de l’attaque lancée par Summers contre Cornel West, un universitaire noir et progressiste, professeur de Religion et d’études afro-américaines à l’université de Princeton. Summers, sioniste notoire, dénonça West comme antisémite parce que celui-ci soutenait l’action des étudiants qui exigeaient un boycott d’Israël tant que son gouvernement ne respecterait pas les droits des Palestiniens. Voir Financial Times du 26-27 février 2005. Aujourd’hui, Cornel West, qui a soutenu Obama avec enthousiasme, s’étonne que celui-ci veuille s’entourer de Summers et de Rubin.


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La nouvelle administration US : Obama choisit ceux qui ont échoué

Barack Obama, le chou-chou de Wall Street et de la City étiqueté par de bons publicitaires « candidat des pauvres » vient de nommer son équipe économique. L’ex-sénateur de l’Illinois, qui a conduit la campagne électorale la plus dispendieuse de l’Histoire grâce aux subsides de JP Morgan Chase et Goldman Sachs, a rappelé à la Maison-Blanche ceux qui y ont organisé la vague de dérégulation des années 90, observent Damien Millet et Éric Toussaint. Washington entend utiliser les désordres de la crise financière pour accélérer la globalisation.

JPEG - 23.1 ko
Barack Obama présente son équipe économique. De gauche à droite : Timothy Geithner, Christina Romer, Barack Obama, Lawrence Summers, Melody Barnes, Robert Rubin.

Certains s’attendaient à ce que Barack Obama, nouveau président des États-Unis, nomme une équipe économique profondément renouvelée afin de mettre en œuvre un New Deal. Obama allait changer le capitalisme, à défaut de l’abolir, et procéder à une nouvelle vague de régulation de l’économie. Mais en fait, Obama a choisi les plus conservateurs parmi les conseillers démocrates, ceux-là mêmes qui ont organisé la déréglementation forcenée quand Bill Clinton était président à la fin des années 1990. La cohérence de son choix, à travers trois noms emblématiques, est révélatrice.

Premier en piste, Robert Rubin est secrétaire au Trésor entre 1995 et 1999. Dès son arrivée, il est confronté à la crise financière au Mexique, premier grand échec du modèle néolibéral dans les années 1990. Par la suite, il impose avec le FMI un traitement de choc qui aggrave les crises survenues en Asie du Sud-Est en 1997-98, puis en Russie et en Amérique latine en 1999. Rubin ne doute toujours pas des bienfaits de la libéralisation et il contribue résolument à imposer aux populations des pays émergents des politiques qui dégradent leurs conditions de vie et augmentent les inégalités. Aux États-Unis, il pèse de tout son poids pour obtenir l’abrogation du Glass Steagall Act, ou Banking Act, en place depuis 1933, qui a notamment déclaré incompatibles les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement. La porte est alors grande ouverte pour toutes sortes d’excès de la part de financiers avides de profits maximums, rendant possible la crise internationale actuelle. Pour boucler la boucle, cette abrogation du Banking Act permet la fusion de Citicorp avec Travelers Group pour former le géant bancaire Citigroup. Par la suite, Robert Rubin devient l’un des principaux responsables de Citigroup… que le gouvernement des États-Unis vient de sauver dans l’urgence en novembre 2008 en garantissant pour plus de 300 milliards de dollars d’actifs ! Malgré cela, Rubin est l’un des principaux conseillers de Barack Obama.

Deuxième personnalité en scène, Lawrence Summers hérite pour sa part du poste de directeur du Conseil économique national de la Maison-Blanche. Son parcours comporte pourtant un certain nombre de taches qui auraient dû être indélébiles… En décembre 1991, alors économiste en chef de la Banque mondiale, Summers ose écrire dans une note interne : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. [...] L’inquiétude [à propos des agents toxiques] sera de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour attraper le cancer que dans un pays où la mortalité infantile est de 200 pour 1 000 à cinq ans » [1]. Il ajoute même, toujours en 1991 : « Il n’y a pas de [...] limites à la capacité d’absorption de la planète susceptibles de nous bloquer dans un avenir prévisible. Le risque d’une apocalypse due au réchauffement du climat ou à toute autre cause est inexistant. L’idée que le monde court à sa perte est profondément fausse. L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée » [2]. Avec Summers aux commandes, le capitalisme productiviste a un bel avenir.

Devenu secrétaire au Trésor sous Clinton en 1999, il fait pression sur le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, pour que celui-ci se débarrasse de Joseph Stiglitz qui lui a succédé au poste d’économiste en chef et qui est très critique sur les orientations néolibérales que Summers et Rubin mettent en œuvre aux quatre coins de la planète où s’allument des incendies financiers. Après l’arrivée de George W. Bush, il poursuit sa carrière en devenant président de l’université de Harvard en 2001, mais se signale particulièrement en février 2005 en se mettant à dos toute la communauté universitaire après une discussion au Bureau national de la recherche économique (NBER) [3]. Interrogé sur les raisons pour lesquelles on retrouve peu de femmes à un poste élevé dans le domaine scientifique, il affirme que celles-ci sont intrinsèquement moins douées que les hommes pour les sciences, en écartant comme explications possibles l’origine sociale et familiale ou une volonté de discrimination. Cela provoque une grande polémique [4] tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université. Malgré ses excuses, les protestations d’une majorité de professeurs et d’étudiants de Harvard l’obligent à démissionner en 2006.

Si sa responsabilité dans la situation actuelle n’est pas encore avérée, sa biographie consultable sur le site de l’université de Harvard au moment de sa présidence affirme qu’il a « dirigé l’effort de mise en œuvre de la plus importante déréglementation financière de ces 60 dernières années ». On ne saurait être plus clair !

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« The Economist », l’hebdomadaire des spéculateurs de la City, appelait à voter Obama.

Troisième personnalité choisie par Obama, Timothy Geithner vient d’être nommé secrétaire au Trésor. Actuellement président de la Banque centrale de New York, il a été sous-secrétaire au Trésor chargé des Affaires internationales entre 1998 et 2001, adjoint successivement de Rubin et de Summers, et actif notamment au Brésil, au Mexique, en Indonésie, en Corée du Sud et en Thaïlande, autant de symboles des ravages de l’ultralibéralisme qui ont connu de graves crises durant cette période. Les mesures préconisées par ce trio infernal ont fait payer le coût de la crise aux populations de ces pays. Rubin et Summers sont les mentors de Geithner. Aujourd’hui, l’élève rejoint ses maîtres. Nul doute qu’il va continuer à défendre les grandes institutions financières privées, sourd aux droits humains fondamentaux, bafoués aux États-Unis comme ailleurs suite aux politiques économiques qu’il défend avec véhémence.

Prétendre re-réguler une économie mondiale déboussolée en donnant les leviers de décision à ceux qui l’ont dérégulée aux forceps revient à vouloir éteindre un incendie en faisant appel à des pyromanes.


par Éric Toussaint*, Damien Millet*


 Éric Toussaint

Éric Toussaint est président du CADTM Belgique (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Banque du Sud et nouvelle crise internationale, CADTM/Syllepse, 2008.


Les articles de cet auteur


Damien Millet

Damien Millet est secrétaire général du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Dette odieuse (avec Frédédric Chauvreau), CADTM/Syllepse, 2006. .


Les articles de cet auteur




[1] Des extraits ont été publiés par The Economist (8 février 1992) ainsi que par The Financial Times (10 février 1992) sous le titre « Préservez la planète des économistes ».

[2] Lawrence Summers, à l’occasion de l’Assemblée annuelle de la Banque mondiale et du FMI à Bangkok en 1991, interview avec Kirsten Garrett, Background Briefing, Australian Broadcasting Company, second programme.

[3] Financial Times, 26-27 février 2005.

[4] La polémique a été également alimentée par la désapprobation de l’attaque lancée par Summers contre Cornel West, un universitaire noir et progressiste, professeur de Religion et d’études afro-américaines à l’université de Princeton. Summers, sioniste notoire, dénonça West comme antisémite parce que celui-ci soutenait l’action des étudiants qui exigeaient un boycott d’Israël tant que son gouvernement ne respecterait pas les droits des Palestiniens. Voir Financial Times du 26-27 février 2005. Aujourd’hui, Cornel West, qui a soutenu Obama avec enthousiasme, s’étonne que celui-ci veuille s’entourer de Summers et de Rubin.


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AFP : un nouveau mandat sur fond d’inquiétudes

Le président de l’Agence France Presse, Pierre Louette, doit être réélu ce vendredi 12 décembre à la présidence de l’Agence France Presse. Il fait figure d’homme de tact ayant réussi à désamorcer la crise qui s’était engagée au printemps entre l’UMP et la troisième agence d’information mondiale, forte de 1200 journalistes. Pourtant, la lettre de mission qu’il reçoit du pouvoir est sans équivoque : il s’agit d’engager l’AFP sur la voie de la réforme en acceptant une révision de son statut et en la préparant à l’entrée d’actionnaires extérieurs. L’intersyndicale de l’Agence appelle à une mobilisation contre ce projet de privatisation partielle qui ne dit pas son nom.

Il est parfois des coquilles révélatrices : ce vendredi 12 décembre, un conseil d’administration de l’Agence France Presse se réunit pour « désigner le Pdg de l’Agence, lors d’un vote qui devrait conduire à la réélection de Pierre Louette pour un deuxième mandat de trois ans, selon des sources concordantes », nous apprend une dépêche de l’AFP, datée du 11 décembre. Une première dépêche ô combien révélatrice d’aspirations inconscientes était par erreur titrée, quelques minutes plus tôt : « La réélection de Pierre Louette au menu du CE de l’AFP vendredi ». En réalité, comme s’empresse de le corriger la vénérable agence, ce n’est bien sûr par le comité d’entreprise qui décide de la nomination de son président mais le « CA ». Entendez le conseil d’administration de l’AFP composé de représentants de la presse, de l’audiovisuel public et de l’Etat, lequel assure 40 % des ressources de l’Agence. Aucune chance donc de laisser aux personnels le droit de décider de leur avenir. Aucune chance pour que le seul autre candidat déclaré à la présidence, le journaliste Pierre Brosselin, ne fasse rien d’autre que de la figuration.

Un président proche du pouvoir Retour à la table des matières

Car Pierre Louette, à 45 ans, est pratiquement certain de se succéder à lui-même. Cet énarque passé par France Télévisions, Havas Advertising et LVMH a en effet le soutien du gouvernement. Fin octobre, les représentants de l’Etat lui ont donné mandat pour remettre ses propositions en vue d’une modernisation du « statut » de l’AFP… avant la fin du premier trimestre 2009. Un statut, issu d’une loi datant de 1957, qui stipule que l’AFP ne peut « en aucune circonstance tenir compte d’influences ou de considérations de nature à compromettre l’exactitude ou l’objectivité de l’information » et qu’elle ne doit « en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d’un groupement idéologique, politique ou économique » [1].

La loi précise que l’Agence est une société soumise au droit commercial mais avec une gouvernance dérogatoire au droit commun des sociétés, destiné à assurer son indépendance. Elle n’a donc ni capital ni actionnaires et, comme tel, aucune légitimité à faire entrer un groupe extérieur dans sa structure de contrôle. C’est précisément ce que Pierre Louette va recevoir instruction de modifier dans « une lettre de mission du gouvernement », remise ce vendredi 12 décembre et ayant pour but de réformer le statut de l’AFP.

Une telle réforme n’est en rien nécessaire au développement de l’AFP qui, au cours de ces dernières années, a pu se développer dans le multimédia et même consolider ses comptes avec un bénéfice net annoncé de 3 millions d’euros en 2008. Mais Nicolas Sarkozy en a décidé autrement. Il a convaincu Pierre Louette, qu’il avait déjà pu côtoyer au cabinet d’Edouard Balladur entre 1993 et 1995 lorsqu’il était ministre du budget et porte-parole du gouvernement, de faire entrer des « actionnaires stables » dans un capital « libéré en actions ». En d’autres termes, il s’agit de faire sienne la préconisation de Danièle Giazzi secrétaire national de l’UMP, qui, dans un rapport très flatteur façon « Le corbeau et le renard » avait suggéré que l’Agence « ouvre son capital si nécessaire » et se transforme en société anonyme. En d’autres termes, qu’elle s’oriente sur la voie de la privatisation.

Une agence trop influente pour Sarkozy Retour à la table des matières

Le chef de l’Etat a un problème personnel avec l’AFP. Il n’a pas supporté quand il était ministre de l’intérieur qu’elle évoque un jour d’octobre 2005, alors que son épouse d’alors s’était envolée à New York avec son amant, une relation intime qu’il avait avec une journaliste politique du Figaro. L’Agence entre alors dans le collimateur du ministre-candidat pour ne pas avoir su protéger sa vie privée à laquelle, « ni plus qu’un autre ni moins qu’un autre », il a droit. L’AFP se défend officieusement en expliquant que des photos circulaient dans toutes les rédactions, que de nombreux titres de presse avaient déjà repris l’information et que la nouvelle circulait en boucle sur Internet. « A l’heure de l’instantanéité, on ne peut pas être les derniers à parler d’une vérité que plus personne n’ignore… », explique un journaliste de l’Agence. Néanmoins, pour Sarkozy, l’AFP a franchi la ligne jaune que ne doit jamais oublier ce grossiste en informations pour médias dominants : elle a fait entrer une histoire non homologuée par le pouvoir dans la sphère du discours légitime.

En 2008, l’heure de la revanche a sonné. Le mandat du président Louette arrive à échéance et l’Agence a besoin de 20 millions d’euros pour sa modernisation informatique. De plus, si elle veut être assurée d’une revalorisation des crédits accordés par l’Etat en abonnements, elle a besoin de signer son contrat d’objectifs et de moyens pour les années 2009-2012. C’est le moment d’agir. Comme à son habitude, Sarkozy fait alors monter au créneau son « porte-flingue » favori : le lobbyiste Frédéric Lefebvre, député des Hauts-de-Seine et porte-parole de l’UMP. Au printemps dernier, celui-ci saisit le prétexte de la non reprise par l’AFP d’un communiqué de l’UMP pour l’accuser de partialité. En réalité, il s’agit de faire pression sur les 1200 journalistes alors que l’influence de l’AFP s’est trouvée considérablement renforcée par la reprise systématique de ses dépêches sur les grands sites et portails internet. En mai, l’intersyndicale de l’Agence appelle les salariés à se réunir devant le siège, place de la Bourse, à Paris, pour protester contre « les attaques répétés contre l’AFP ». La tension est entretenue jusqu’au rapport Giazzi qui semble refléter la position de la majorité sur la troisième agence de presse mondiale.

Le très pacifiant Pierre Louette Retour à la table des matières

C’est alors que Pierre Louette entre en scène. En septembre, il fait passer le message qu’il a vu Frédéric Lefebvre et qu’il a obtenu de lui qu’il cesse ses coups de boutoirs contre l’Agence. Aux yeux des personnels, il gagne ses galons de communiquant chevronné qui a su gérer avec élégance une crise ouverte avec le parti majoritaire (comme il y eut crise avec Ségolène Royal, à propos de l’annonce de sa séparation avec François Hollande). Mais une question demeure : de quelle mission Pierre Louette est-il aujourd’hui porteur pour obtenir ainsi un renouvellement de son mandat ? S’agit-il de préparer une privatisation rampante comme le craint l’intersyndicale de l’AFP qui appelle à signer une pétition pour défendre l’institution ? [2]

On peut d’autant plus le penser que Pierre Louette engage l’Agence sur le terrain d’une diversification tous azimuts qui va de la vidéo au téléphone mobile en passant par les questionnaires ludiques et les gadgets autour de l’information fournis par une filiale américaine (Newzwag). De même, il vient de signer un accord exclusif avec l’agence privée Relaxnews pour créer « le premier fil mondial d’informations loisirs ». Quel contrôle éditorial conservera l’Agence dans ce nouveau service où il s’agira autant de « donner l’actualité des produits » du luxe ou de la mode que de tenir l’agenda des événements de l’industrie culturelle ? Faudra-t-il s’étonner si, dans quelques mois, ou quelques années, Pierre Louette annonce la nécessité de s’adosser à un grand nom de la technologie, de la communication ou des médias pour mieux développer un savoir-faire multimédia composite ?

vendredi 12 décembre 2008, par Marie Bénilde

AFP : un nouveau mandat sur fond d’inquiétudes

Le président de l’Agence France Presse, Pierre Louette, doit être réélu ce vendredi 12 décembre à la présidence de l’Agence France Presse. Il fait figure d’homme de tact ayant réussi à désamorcer la crise qui s’était engagée au printemps entre l’UMP et la troisième agence d’information mondiale, forte de 1200 journalistes. Pourtant, la lettre de mission qu’il reçoit du pouvoir est sans équivoque : il s’agit d’engager l’AFP sur la voie de la réforme en acceptant une révision de son statut et en la préparant à l’entrée d’actionnaires extérieurs. L’intersyndicale de l’Agence appelle à une mobilisation contre ce projet de privatisation partielle qui ne dit pas son nom.

Il est parfois des coquilles révélatrices : ce vendredi 12 décembre, un conseil d’administration de l’Agence France Presse se réunit pour « désigner le Pdg de l’Agence, lors d’un vote qui devrait conduire à la réélection de Pierre Louette pour un deuxième mandat de trois ans, selon des sources concordantes », nous apprend une dépêche de l’AFP, datée du 11 décembre. Une première dépêche ô combien révélatrice d’aspirations inconscientes était par erreur titrée, quelques minutes plus tôt : « La réélection de Pierre Louette au menu du CE de l’AFP vendredi ». En réalité, comme s’empresse de le corriger la vénérable agence, ce n’est bien sûr par le comité d’entreprise qui décide de la nomination de son président mais le « CA ». Entendez le conseil d’administration de l’AFP composé de représentants de la presse, de l’audiovisuel public et de l’Etat, lequel assure 40 % des ressources de l’Agence. Aucune chance donc de laisser aux personnels le droit de décider de leur avenir. Aucune chance pour que le seul autre candidat déclaré à la présidence, le journaliste Pierre Brosselin, ne fasse rien d’autre que de la figuration.

Un président proche du pouvoir Retour à la table des matières

Car Pierre Louette, à 45 ans, est pratiquement certain de se succéder à lui-même. Cet énarque passé par France Télévisions, Havas Advertising et LVMH a en effet le soutien du gouvernement. Fin octobre, les représentants de l’Etat lui ont donné mandat pour remettre ses propositions en vue d’une modernisation du « statut » de l’AFP… avant la fin du premier trimestre 2009. Un statut, issu d’une loi datant de 1957, qui stipule que l’AFP ne peut « en aucune circonstance tenir compte d’influences ou de considérations de nature à compromettre l’exactitude ou l’objectivité de l’information » et qu’elle ne doit « en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d’un groupement idéologique, politique ou économique » [1].

La loi précise que l’Agence est une société soumise au droit commercial mais avec une gouvernance dérogatoire au droit commun des sociétés, destiné à assurer son indépendance. Elle n’a donc ni capital ni actionnaires et, comme tel, aucune légitimité à faire entrer un groupe extérieur dans sa structure de contrôle. C’est précisément ce que Pierre Louette va recevoir instruction de modifier dans « une lettre de mission du gouvernement », remise ce vendredi 12 décembre et ayant pour but de réformer le statut de l’AFP.

Une telle réforme n’est en rien nécessaire au développement de l’AFP qui, au cours de ces dernières années, a pu se développer dans le multimédia et même consolider ses comptes avec un bénéfice net annoncé de 3 millions d’euros en 2008. Mais Nicolas Sarkozy en a décidé autrement. Il a convaincu Pierre Louette, qu’il avait déjà pu côtoyer au cabinet d’Edouard Balladur entre 1993 et 1995 lorsqu’il était ministre du budget et porte-parole du gouvernement, de faire entrer des « actionnaires stables » dans un capital « libéré en actions ». En d’autres termes, il s’agit de faire sienne la préconisation de Danièle Giazzi secrétaire national de l’UMP, qui, dans un rapport très flatteur façon « Le corbeau et le renard » avait suggéré que l’Agence « ouvre son capital si nécessaire » et se transforme en société anonyme. En d’autres termes, qu’elle s’oriente sur la voie de la privatisation.

Une agence trop influente pour Sarkozy Retour à la table des matières

Le chef de l’Etat a un problème personnel avec l’AFP. Il n’a pas supporté quand il était ministre de l’intérieur qu’elle évoque un jour d’octobre 2005, alors que son épouse d’alors s’était envolée à New York avec son amant, une relation intime qu’il avait avec une journaliste politique du Figaro. L’Agence entre alors dans le collimateur du ministre-candidat pour ne pas avoir su protéger sa vie privée à laquelle, « ni plus qu’un autre ni moins qu’un autre », il a droit. L’AFP se défend officieusement en expliquant que des photos circulaient dans toutes les rédactions, que de nombreux titres de presse avaient déjà repris l’information et que la nouvelle circulait en boucle sur Internet. « A l’heure de l’instantanéité, on ne peut pas être les derniers à parler d’une vérité que plus personne n’ignore… », explique un journaliste de l’Agence. Néanmoins, pour Sarkozy, l’AFP a franchi la ligne jaune que ne doit jamais oublier ce grossiste en informations pour médias dominants : elle a fait entrer une histoire non homologuée par le pouvoir dans la sphère du discours légitime.

En 2008, l’heure de la revanche a sonné. Le mandat du président Louette arrive à échéance et l’Agence a besoin de 20 millions d’euros pour sa modernisation informatique. De plus, si elle veut être assurée d’une revalorisation des crédits accordés par l’Etat en abonnements, elle a besoin de signer son contrat d’objectifs et de moyens pour les années 2009-2012. C’est le moment d’agir. Comme à son habitude, Sarkozy fait alors monter au créneau son « porte-flingue » favori : le lobbyiste Frédéric Lefebvre, député des Hauts-de-Seine et porte-parole de l’UMP. Au printemps dernier, celui-ci saisit le prétexte de la non reprise par l’AFP d’un communiqué de l’UMP pour l’accuser de partialité. En réalité, il s’agit de faire pression sur les 1200 journalistes alors que l’influence de l’AFP s’est trouvée considérablement renforcée par la reprise systématique de ses dépêches sur les grands sites et portails internet. En mai, l’intersyndicale de l’Agence appelle les salariés à se réunir devant le siège, place de la Bourse, à Paris, pour protester contre « les attaques répétés contre l’AFP ». La tension est entretenue jusqu’au rapport Giazzi qui semble refléter la position de la majorité sur la troisième agence de presse mondiale.

Le très pacifiant Pierre Louette Retour à la table des matières

C’est alors que Pierre Louette entre en scène. En septembre, il fait passer le message qu’il a vu Frédéric Lefebvre et qu’il a obtenu de lui qu’il cesse ses coups de boutoirs contre l’Agence. Aux yeux des personnels, il gagne ses galons de communiquant chevronné qui a su gérer avec élégance une crise ouverte avec le parti majoritaire (comme il y eut crise avec Ségolène Royal, à propos de l’annonce de sa séparation avec François Hollande). Mais une question demeure : de quelle mission Pierre Louette est-il aujourd’hui porteur pour obtenir ainsi un renouvellement de son mandat ? S’agit-il de préparer une privatisation rampante comme le craint l’intersyndicale de l’AFP qui appelle à signer une pétition pour défendre l’institution ? [2]

On peut d’autant plus le penser que Pierre Louette engage l’Agence sur le terrain d’une diversification tous azimuts qui va de la vidéo au téléphone mobile en passant par les questionnaires ludiques et les gadgets autour de l’information fournis par une filiale américaine (Newzwag). De même, il vient de signer un accord exclusif avec l’agence privée Relaxnews pour créer « le premier fil mondial d’informations loisirs ». Quel contrôle éditorial conservera l’Agence dans ce nouveau service où il s’agira autant de « donner l’actualité des produits » du luxe ou de la mode que de tenir l’agenda des événements de l’industrie culturelle ? Faudra-t-il s’étonner si, dans quelques mois, ou quelques années, Pierre Louette annonce la nécessité de s’adosser à un grand nom de la technologie, de la communication ou des médias pour mieux développer un savoir-faire multimédia composite ?

vendredi 12 décembre 2008, par Marie Bénilde

Saturday, January 3, 2009

« Perte toxique » derrière la piraterie somalienne





Quelques pirates fonctionnant outre de la réclamation de la côte de la Somalie pour agir en tant que gardes-côte [GALLO/GETTY]

Les pirates somaliens ont accusé les sociétés européennes de mettre à la décharge la perte toxique outre de la côte somalienne et exigent une rançon de $8m pour le retour d'un bateau ukrainien qu'ils ont capturé, dire l'argent ira vers nettoyer la perte.

La demande de rançon est des moyens de la « réaction à la perte toxique qui a été continuellement vidée sur les rivages de notre pays pendant presque 20 années », Januna Ali Jama, un porte-parole pour les pirates, basé dans la région semi-autonome de Puntland, a dit.

« Le littoral somalien a été détruit, et nous croyons que cet argent n'est rien comparé à la dévastation que nous avons vue sur les mers. »

Les pirates tiennent le système mv Faina, les réservoirs de transport d'un bateau ukrainien et le matériel militaire, outre de la côte nordique de la Somalie.

Selon le bureau maritime international, 61 attaques par des pirates ont été rapportées puisque le début de l'année.

Tandis que l'argent est le premier objectif des hijackings, des réclamations de la destruction environnementale continue outre de la côte de la Somalie ont été en grande partie ignorées par les autorités maritimes des régions.

Dumping des allégations

Ahmedou Ould-Abdallah, le délégué de l'ONU pour la Somalie confirmé à Al Jazeera le corps du monde a « l'information fiable » que les compagnies européennes et asiatiques vident la perte toxique, y compris la perte nucléaire, outre du littoral somalien.

« Je dois soumettre à une contrainte cependant, ce gouvernement de non a approuvé cet acte, et ce seuls temporaires d'entreprises privées anonymes et d'individus sont responsables, » il a dit

Les pirates tiennent le système mv Faina outre de la côte nordique de la Somalie [Reuters]
Les allégations du dumping de la perte toxique, aussi bien que la pêche illégale, ont circulé depuis le début des années 90.

Mais l'évidence de telles pratiques est littéralement apparue sur les plages de la Somalie nordique quand le tsunami de 2004 a frappé le pays.

Le programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) a rapporté que le tsunami avait lavé vers le haut des récipients de rouillement de perte toxique sur les rivages de Puntland.

Nick Nuttall, un porte-parole de PNUE, dit Al Jazeera que quand les barils étaient ouverts heurté par la force des vagues, les récipients ont exposé « une activité effrayante » qui avait continué pour plus que la décennie.

La « Somalie a été employée comme dépotoir pour des déchets dangereux commençant au début des années 90, et continuant par la guerre civile là, » il a dit.

« Les compagnies européennes l'ont trouvée pour être très bon marché pour se débarasser de la perte, calcul des coûts aussi peu que $2.50 par tonne, où les coûts d'évacuation des déchets en Europe sont quelque chose comme $1000 une tonne.

« Et la perte est beaucoup de différentes sortes. Il y a les déchets radioactifs en uranium. Il y a plomb, et métaux lourds comme le cadmium et le mercure. Il y a également perte industrielle, et il y a des pertes d'hôpital, pertes de produit chimique - vous nom il. »

Nuttall a également indiqué que depuis que les récipients sont venus à terre, les centaines de résidants sont tombées malades, souffrant de la bouche et le saignement abdominal, les infections de peau et d'autres maux.

« Nous [le PNUE] avions prévu de faire une évaluation scientifique appropriée et détaillée sur l'importance du problème. Mais en raison des niveaux élevés de l'insécurité onshore et outre de la côte somalienne, nous ne pouvons pas effectuer une évaluation précise de l'ampleur du problème, » il a dit.

Cependant, Ould-Abdallah réclame la pratique continue toujours.

« Ce qui est le plus alarmant ici est que la perte nucléaire est mise à la décharge. La perte radioactive d'uranium qui tue potentiellement Somalis et détruit complètement l'océan, » il a dit.

Perte toxique

Ould-Abdallah a refusé d'appeler quelles compagnies sont impliquées dans le dumping de rebut, citant des raisons légales.

Mais il a dit le carburant d'aides de pratique la guerre civile de 18 ans en Somalie comme les compagnies payent les ministres du gouvernement somaliens pour mettre à la décharge leur perte, ou a fixé des permis et des contrats.

« Il n'y a aucun contrôle du gouvernement… et il y a peu de personnes avec la base morale élevée… [et] oui, les gens en positions élevées sont épongés, mais en raison de la fragilité du TFG [gouvernement fédéral transitoire], certaines de ces compagnies ne demandent maintenant plus les autorités - elles mettent à la décharge simplement leur perte et partent. »

Ould-Abdallah a indiqué qu'il y a des questions morales à considérer parce que les compagnies sont en pourparlers des contrats avec un gouvernement qui est en grande partie divisé le long des lignes tribales.

« Comment pouvez vous être en pourparlers ces rapport d'affaires avec un pays à la guerre et avec un gouvernement luttant pour rester approprié ? »

En 1992, un contrat pour fixer le dumping de la perte toxique a été fait par Swiss et les associés et le Progresso d'Achair de sociétés d'expédition d'Italien, avec Nur Elmi Osman, un ex-fonctionnaire ont nommé au gouvernement d'Ali Mahdi Mohamed, un de beaucoup de chefs de milice impliqués dans évincer du barre de Mohamed Siad, l'ancien président de la Somalie.

Sur demande des gouvernements suisses et italien, le PNUE a examiné la question.

Les deux sociétés avaient nié conclure n'importe quel accord avec des chefs de milice au début de la guerre civile somalienne.

Osman également nié signant tout contrat.

« Participation de Mafia »

Cependant, Mustafa Tolba, ancien directeur exécutif de PNUE, dit Al Jazeera qu'il a découvert les sociétés ont été installés en tant que compagnies factices par de plus grandes sociétés industrielles pour avoir des déchets dangereux.

« Alors, lui senti comme nous avions affaire avec la Mafia, ou une certaine sorte de groupe de crime organisé, fonctionnant probablement avec ces sociétés industrielles, » il a dit.

Les nations l'ont trouvé difficile à aborder
le problème de la piraterie [AFP]
« Elle était très ombreuse, et tout à fait sous terre, et je serais d'accord avec les réclamations d'Ould-Abdallah sur lesquelles elle va toujours… Malheureusement la guerre n'a pas permis aux groupes environnementaux d'étudier ceci entièrement. »

La Mafia d'Italien commande des 30 pour cent environ de compagnies de l'évacuation des déchets de l'Italie, y compris ceux qui traitent la perte toxique.

En 1998, Famiglia Cristiana, un magasin hebdomadaire italien, réclamé que bien que la majeure partie du gaspiller-dumping ait eu lieu après que le début de la guerre civile en 1991, l'activité ait commencé réellement dès 1989 sous le gouvernement de barre.

Au delà de la question morale de l'essai de fixer un accord de déchets dangereux dans un pays instable aimez la Somalie, la tentative alléguée par Swiss et les sociétés d'Italien pour vider la perte en Somalie violeraient les traités internationaux auxquels les deux pays sont des signataires.

Ramifications légales

La Suisse et l'Italie ont signé et ont ratifié la convention de Bâle sur la commande des mouvements transfrontaliers des déchets dangereux et de leur disposition, qui sont entrés en vigueur en 1992.

Les Etats membres d'UE, comme 168 autres pays ont également signé l'accord.

La convention interdit le commerce de rebut entre les pays qui ont signé la convention, aussi bien que les pays qui n'ont pas signé l'Accord à moins qu'un accord bilatéral ait été négocié.

Il est interdit également l'expédition des déchets dangereux à une zone de guerre.

Abdi Ismail Samatar, professeur de géographie à l'université du Minnesota, a indiqué Al Jazeera que parce qu'une coalition internationale des vaisseaux de guerre a été déployée au Golfe d'Aden, on doit avoir observé le dumping allégué de la perte.

Dommage causé à l'environnement

« Si ces actes continuent, puis sûrement ils doivent avoir été vus par quelqu'un impliqué dans des opérations maritimes, » il a dit.

« La cargaison visée est-elle une certaine destination plus importante que des activités illégales de surveillance dans la région ? La piraterie n'est pas le seul problème pour la Somalie, et je pense qu'elle est irresponsable de la part des autorités pour donner sur cette issue. »

Mohamed Gure, Président du groupe de souci de la Somalie, a dit que les conséquences sociales et sur l'environnement seront senties pendant des décennies.

« Le littoral somalien employé pour soutenir des centaines de milliers de personnes, comme source de nourriture et de vies. Une grande partie est maintenant presque détruite, principalement aux mains de ces soi-disant ministres qui ont vendu leur nation pour remplir leurs propres poches. »

Ould-Abdallah a indiqué que la piraterie n'empêchera pas le dumping de rebut.

« Les intentions de ces pirates ne sont pas concernées par protéger leur environnement, » il a dit.

« Ce qui est finalement nécessaire est un fonctionnement, le gouvernement efficace qui obtiendra son acte ensemble et prendra la commande de ses affaires. »


Source : Al Jazeera PERMALINK

« Perte toxique » derrière la piraterie somalienne





Quelques pirates fonctionnant outre de la réclamation de la côte de la Somalie pour agir en tant que gardes-côte [GALLO/GETTY]

Les pirates somaliens ont accusé les sociétés européennes de mettre à la décharge la perte toxique outre de la côte somalienne et exigent une rançon de $8m pour le retour d'un bateau ukrainien qu'ils ont capturé, dire l'argent ira vers nettoyer la perte.

La demande de rançon est des moyens de la « réaction à la perte toxique qui a été continuellement vidée sur les rivages de notre pays pendant presque 20 années », Januna Ali Jama, un porte-parole pour les pirates, basé dans la région semi-autonome de Puntland, a dit.

« Le littoral somalien a été détruit, et nous croyons que cet argent n'est rien comparé à la dévastation que nous avons vue sur les mers. »

Les pirates tiennent le système mv Faina, les réservoirs de transport d'un bateau ukrainien et le matériel militaire, outre de la côte nordique de la Somalie.

Selon le bureau maritime international, 61 attaques par des pirates ont été rapportées puisque le début de l'année.

Tandis que l'argent est le premier objectif des hijackings, des réclamations de la destruction environnementale continue outre de la côte de la Somalie ont été en grande partie ignorées par les autorités maritimes des régions.

Dumping des allégations

Ahmedou Ould-Abdallah, le délégué de l'ONU pour la Somalie confirmé à Al Jazeera le corps du monde a « l'information fiable » que les compagnies européennes et asiatiques vident la perte toxique, y compris la perte nucléaire, outre du littoral somalien.

« Je dois soumettre à une contrainte cependant, ce gouvernement de non a approuvé cet acte, et ce seuls temporaires d'entreprises privées anonymes et d'individus sont responsables, » il a dit

Les pirates tiennent le système mv Faina outre de la côte nordique de la Somalie [Reuters]
Les allégations du dumping de la perte toxique, aussi bien que la pêche illégale, ont circulé depuis le début des années 90.

Mais l'évidence de telles pratiques est littéralement apparue sur les plages de la Somalie nordique quand le tsunami de 2004 a frappé le pays.

Le programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) a rapporté que le tsunami avait lavé vers le haut des récipients de rouillement de perte toxique sur les rivages de Puntland.

Nick Nuttall, un porte-parole de PNUE, dit Al Jazeera que quand les barils étaient ouverts heurté par la force des vagues, les récipients ont exposé « une activité effrayante » qui avait continué pour plus que la décennie.

La « Somalie a été employée comme dépotoir pour des déchets dangereux commençant au début des années 90, et continuant par la guerre civile là, » il a dit.

« Les compagnies européennes l'ont trouvée pour être très bon marché pour se débarasser de la perte, calcul des coûts aussi peu que $2.50 par tonne, où les coûts d'évacuation des déchets en Europe sont quelque chose comme $1000 une tonne.

« Et la perte est beaucoup de différentes sortes. Il y a les déchets radioactifs en uranium. Il y a plomb, et métaux lourds comme le cadmium et le mercure. Il y a également perte industrielle, et il y a des pertes d'hôpital, pertes de produit chimique - vous nom il. »

Nuttall a également indiqué que depuis que les récipients sont venus à terre, les centaines de résidants sont tombées malades, souffrant de la bouche et le saignement abdominal, les infections de peau et d'autres maux.

« Nous [le PNUE] avions prévu de faire une évaluation scientifique appropriée et détaillée sur l'importance du problème. Mais en raison des niveaux élevés de l'insécurité onshore et outre de la côte somalienne, nous ne pouvons pas effectuer une évaluation précise de l'ampleur du problème, » il a dit.

Cependant, Ould-Abdallah réclame la pratique continue toujours.

« Ce qui est le plus alarmant ici est que la perte nucléaire est mise à la décharge. La perte radioactive d'uranium qui tue potentiellement Somalis et détruit complètement l'océan, » il a dit.

Perte toxique

Ould-Abdallah a refusé d'appeler quelles compagnies sont impliquées dans le dumping de rebut, citant des raisons légales.

Mais il a dit le carburant d'aides de pratique la guerre civile de 18 ans en Somalie comme les compagnies payent les ministres du gouvernement somaliens pour mettre à la décharge leur perte, ou a fixé des permis et des contrats.

« Il n'y a aucun contrôle du gouvernement… et il y a peu de personnes avec la base morale élevée… [et] oui, les gens en positions élevées sont épongés, mais en raison de la fragilité du TFG [gouvernement fédéral transitoire], certaines de ces compagnies ne demandent maintenant plus les autorités - elles mettent à la décharge simplement leur perte et partent. »

Ould-Abdallah a indiqué qu'il y a des questions morales à considérer parce que les compagnies sont en pourparlers des contrats avec un gouvernement qui est en grande partie divisé le long des lignes tribales.

« Comment pouvez vous être en pourparlers ces rapport d'affaires avec un pays à la guerre et avec un gouvernement luttant pour rester approprié ? »

En 1992, un contrat pour fixer le dumping de la perte toxique a été fait par Swiss et les associés et le Progresso d'Achair de sociétés d'expédition d'Italien, avec Nur Elmi Osman, un ex-fonctionnaire ont nommé au gouvernement d'Ali Mahdi Mohamed, un de beaucoup de chefs de milice impliqués dans évincer du barre de Mohamed Siad, l'ancien président de la Somalie.

Sur demande des gouvernements suisses et italien, le PNUE a examiné la question.

Les deux sociétés avaient nié conclure n'importe quel accord avec des chefs de milice au début de la guerre civile somalienne.

Osman également nié signant tout contrat.

« Participation de Mafia »

Cependant, Mustafa Tolba, ancien directeur exécutif de PNUE, dit Al Jazeera qu'il a découvert les sociétés ont été installés en tant que compagnies factices par de plus grandes sociétés industrielles pour avoir des déchets dangereux.

« Alors, lui senti comme nous avions affaire avec la Mafia, ou une certaine sorte de groupe de crime organisé, fonctionnant probablement avec ces sociétés industrielles, » il a dit.

Les nations l'ont trouvé difficile à aborder
le problème de la piraterie [AFP]
« Elle était très ombreuse, et tout à fait sous terre, et je serais d'accord avec les réclamations d'Ould-Abdallah sur lesquelles elle va toujours… Malheureusement la guerre n'a pas permis aux groupes environnementaux d'étudier ceci entièrement. »

La Mafia d'Italien commande des 30 pour cent environ de compagnies de l'évacuation des déchets de l'Italie, y compris ceux qui traitent la perte toxique.

En 1998, Famiglia Cristiana, un magasin hebdomadaire italien, réclamé que bien que la majeure partie du gaspiller-dumping ait eu lieu après que le début de la guerre civile en 1991, l'activité ait commencé réellement dès 1989 sous le gouvernement de barre.

Au delà de la question morale de l'essai de fixer un accord de déchets dangereux dans un pays instable aimez la Somalie, la tentative alléguée par Swiss et les sociétés d'Italien pour vider la perte en Somalie violeraient les traités internationaux auxquels les deux pays sont des signataires.

Ramifications légales

La Suisse et l'Italie ont signé et ont ratifié la convention de Bâle sur la commande des mouvements transfrontaliers des déchets dangereux et de leur disposition, qui sont entrés en vigueur en 1992.

Les Etats membres d'UE, comme 168 autres pays ont également signé l'accord.

La convention interdit le commerce de rebut entre les pays qui ont signé la convention, aussi bien que les pays qui n'ont pas signé l'Accord à moins qu'un accord bilatéral ait été négocié.

Il est interdit également l'expédition des déchets dangereux à une zone de guerre.

Abdi Ismail Samatar, professeur de géographie à l'université du Minnesota, a indiqué Al Jazeera que parce qu'une coalition internationale des vaisseaux de guerre a été déployée au Golfe d'Aden, on doit avoir observé le dumping allégué de la perte.

Dommage causé à l'environnement

« Si ces actes continuent, puis sûrement ils doivent avoir été vus par quelqu'un impliqué dans des opérations maritimes, » il a dit.

« La cargaison visée est-elle une certaine destination plus importante que des activités illégales de surveillance dans la région ? La piraterie n'est pas le seul problème pour la Somalie, et je pense qu'elle est irresponsable de la part des autorités pour donner sur cette issue. »

Mohamed Gure, Président du groupe de souci de la Somalie, a dit que les conséquences sociales et sur l'environnement seront senties pendant des décennies.

« Le littoral somalien employé pour soutenir des centaines de milliers de personnes, comme source de nourriture et de vies. Une grande partie est maintenant presque détruite, principalement aux mains de ces soi-disant ministres qui ont vendu leur nation pour remplir leurs propres poches. »

Ould-Abdallah a indiqué que la piraterie n'empêchera pas le dumping de rebut.

« Les intentions de ces pirates ne sont pas concernées par protéger leur environnement, » il a dit.

« Ce qui est finalement nécessaire est un fonctionnement, le gouvernement efficace qui obtiendra son acte ensemble et prendra la commande de ses affaires. »


Source : Al Jazeera PERMALINK

Le grand mensonge des « guerres propres »

De la réalité des armes à l’uranium appauvri

Golfe, Kosovo, Afghanistan : de guerre en guerre, l’armée américaine perfectionne ses armes à l’uranium appauvri. Dont le danger pour les êtres humains et la nature devient de plus en plus évident, malgré le black-out organisé par le Pentagone.

Par Robert James Parsons

« Le souci immédiat pour les professionnels de la médecine, pour les représentants des organisations d’entraide humanitaire et pour les employeurs d’expatriés sur le terrain reste la menace d’une vaste contamination par l’uranium appauvri en Afghanistan. » C’est ce qu’on lit dans les conclusions du rapport, long de quelque 130 pages, de M. Dai Williams, chercheur indépendant et psychologue britannique spécialiste des conditions de travail. Intitulé Mystery Metal Nightmare in Afghanistan ? - « Cauchemar de métal mystérieux en Afghanistan ? » (1) -, ce texte est le fruit de plus d’un an de travail acharné sur la question de l’uranium appauvri (UA) et les effets de son utilisation sur les êtres humains qui en subissent les conséquences.

S’appuyant sur des sites Internet d’associations et spécialisés (2) ainsi que sur ceux des fabricants d’armes, M. Williams a pu déceler des informations précieuses, les découper inlassablement et les comparer avec les armes dont l’utilisation pendant la guerre a été signalée, voire vantée, par le Pentagone. Il en ressort une vision de la guerre - tant celle d’Afghanistan que les prochaines - qui surprend et effraie à la fois.

Depuis 1997, les Etats-Unis retravaillent et « améliorent » leur arsenal de missiles et de bombes guidées et « intelligentes ». Si des prototypes de ces armes ont été testés dans les montagnes du Kosovo en 1999, un contingent bien plus important a fait ses preuves en Afghanistan. Or l’« amélioration » en question repose sur le remplacement d’une ogive conventionnelle par une ogive en « métal lourd dense » (3). En calculant le volume et le poids de ce métal mystérieux, on arrive à deux conclusions possibles : il s’agit soit de tungstène, soit d’uranium appauvri.

Le tungstène, cependant, pose des problèmes. Son point de fusion élevé (3 422 °C) le rend très difficile à travailler ; il coûte cher ; il est produit surtout par la Chine ; et il ne brûle pas.

Pyrophore, l’UA, lui, brûle en impact ou si l’on y met le feu. Avec un point de fusion de 1 132 °C, il est bien plus facile à travailler. Déchet nucléaire, il est fourni gratuitement aux fabricants d’armements. De surcroît, le fait qu’on puisse l’utiliser dans toute une panoplie d’armes permet de réduire sensiblement le problème de la conservation des déchets nucléaires.

Ce genre d’arme peut pénétrer, en quelques secondes, des dizaines de mètres de béton armé ou de rocher. Munie d’un détonateur réglé par un ordinateur qui mesure la densité du matériel pénétré, l’ogive en UA devenue charge explosive est déclenchée à une profondeur préétablie ou une fois qu’elle arrive au « vide ». Tout ce qui se trouve dans ce « vide » est réduit, en quelques secondes, à l’état de fine poudre noire par la combustion de l’UA. Mais celui-ci, du même coup, se transforme en une poudre d’oxyde d’uranium. Si 30 % seulement de l’UA d’un « pénétrateur » de 30 millimètres sont oxydés, celui d’un missile peut, lui, s’oxyder à 100 %. Et la plupart des poussières ainsi produites mesurent moins de 1,5 micron : elles sont donc respirables.

Pour une petite poignée de chercheurs dans ce domaine, la controverse suscitée par l’utilisation d’armes à l’UA pendant la guerre de Kosovo s’était égarée. Au lieu de se demander quelles armes auraient été utilisées sur la majorité des cibles (souterraines en montagne) admises par l’OTAN, elle s’est focalisée sur la question des pénétrateurs antichars de 30 mm admis par l’OTAN, mais sans effet contre les installations souterraines durcies/renforcées.

Mais tant que le débat se limitait à ces pénétrateurs antichars, on parlait d’engins dont même les plus lourds (de 120 mm) ne dépassent pas les cinq kilos. Or les charges explosives en UA des systèmes de bombes guidées utilisées en Afghanistan vont jusqu’à une tonne et demie d’UA dans le cas du bunker buster (GBU-28) fabriqué par Raytheon (4).

A Genève, où se concentrent les organisations d’entraide humanitaire actives en Afghanistan, le rapport de M. Dai Williams a suscité des réactions très diverses. Si les porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies (HCR) pour les réfugiés et de l’Office pour la coordination des affaires humanitaires se sont donné la peine de le diffuser, les principaux dirigeants n’ont pas semblé inquiets. Seuls Médecins sans frontières et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) craignent, à terme, une catastrophe sanitaire et environnementale.

Contamination durable

Le PNUE et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont publié, respectivement en mars et en avril 2001, des rapports importants. Ceux-ci sont abondamment cités par les tenants du caractère inoffensif de l’UA, à commencer par le Pentagone, qui soulignent que les deux organisations sont indépendantes et neutres. Pourtant, l’étude du PNUE est au mieux boiteuse, et celle de l’OMS carrément peu fiable.

La visite au Kosovo à partir de laquelle le PNUE a élaboré son analyse s’organisa sur la base de cartes fournies par l’OTAN, dont des troupes accompagnaient les chercheurs afin de les protéger des munitions non explosées, y compris les sous-munitions des bombes à fragmentation. Spelon toute probabilité, celles-ci étaient - a découvert M. Williams - porteuses de charges creuses à l’UA. Ces troupes auraient donc fini par empêcher toute rencontre de l’équipe avec ces sous-munitions et ont ainsi empêché celle-ci d’en découvrir l’existence.

D’autant - on le sait maintenant - que, pendant les seize mois qui précédèrent la visite du PNUE, le Pentagone envoya sur le terrain au moins dix équipes de contrôle et fit des efforts considérables de nettoyage (5). Sur les 8 112 « pénétrateurs » antichars tirés sur les sites visités, le PNUE n’en a récupéré que 11, malgré un taux de non-explosion plutôt élevé. Et la quantité de poussières repérées directement sur les points censés avoir été touchés par ces armes, dix-huit à vingt mois après leur utilisation, fut bien faible.

Quant à l’OMS, elle n’entreprit aucune étude épidémiologique digne de ce nom, mais une simple étude académique. Cédant aux pressions de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, elle se contenta de recherches sur l’UA comme métal lourd contaminant chimiquement. Avertie, en janvier 2001, de la publication imminente d’un article de fond mettant en cause l’inaction de l’OMS (6), celle-ci tint une conférence de presse pour annoncer la création d’un fonds de deux millions de dollars - et, à terme, vingt millions - pour la recherche sur l’UA. Selon le docteur Michael Repacholi, le rapport à ce sujet, en chantier depuis le mois d’août 1999 et confié au géologue britannique Barry Smith, devait être étendu à la question de la contamination radioactive. Les études préalables, expliqua-t-il, comporteraient des analyses d’urine de personnes exposés à l’UA, menées de manière à établir le niveau d’exposition.

Mais la « monographie » en question, rendue publique une dizaine de semaines plus tard, n’était qu’un survol d’une sélection de la littérature existante. Sur les centaines de milliers de monographies publiées depuis la fin de la guerre de 1939-1945 qui auraient dû être épluchées, le rapport ne retenait - à quelques exceptions près - que celles consacrées à la contamination chimique. La poignée d’articles consultés consacrés à la contamination radioactive émanaient soit du Pentagone, soit de la Rand Corporation, boîte à idées du Pentagone. On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que ce texte n’ait inquiété personne.

Enfin, les recommandations des deux rapports relevaient du bon sens et ne déviaient guère des conseils déjà exprimés par l’OMS - et répétés continuellement par les organisations humanitaires actives sur le terrain - depuis la fin de la guerre. Il s’agissait par exemple du marquage des sites connus, du ramassage des pénétrateurs dans la mesure du possible, d’une attention particulière vouée aux enfants pour les empêcher de s’approcher des sites contaminés, d’une surveillance éventuelle de l’eau de certains puits, etc.

L’essentiel du problème se résume en deux points-clés :

- la radiation émise par l’UA menace le corps parce que, une fois les poussières inhalées, elle est de source interne. Or les normes de protection internationale contre la radiation - sur lesquelles les « experts » se fondent pour affirmer que l’UA est inoffensif - ne traitent que de la radiation de source externe ;

- la question de l’« uranium sale », que le rapport du PNUE a le mérite d’avoir soulevée. L’uranium des centrales nucléaires retraité pour utilisation comme munition contient en effet toutes sortes d’éléments hautement toxiques, par exemple le plutonium, dont 1,6 kg suffirait à tuer huit milliards de personnes. Plutôt que d’uranium appauvri, il serait plus juste de parler d’« uranium plus ».

Dans un documentaire diffusé par Canal+ en janvier 2001 (7), une équipe de chercheurs français présente le résultat d’une enquête auprès de l’usine de retraitement de Paducah, dans le Kentucky. Selon l’avocat des quelque 100 000 plaignants, actuels et anciens ouvriers, tous contaminés du fait du non-respect flagrant des normes de sécurité élémentaires, l’usine entière est irrévocablement contaminée ainsi que toute sa production. D’après les enquêteurs, c’est précisément de cette installation que semble provenir l’UA des missiles largués sur la Yougoslavie, l’Afghanistan et l’Irak (8).

Ces armes représentent beaucoup plus qu’un nouvel instrument des guerres modernes. Le programme de réarmement américain, lancé par le président Ronald Reagan, reposait sur la conviction que le vainqueur des nouveaux conflits serait celui qui détruirait le plus efficacement les centres de commande et de communication de l’ennemi. Or ceux-ci se trouvent presque toujours enterrés dans des bunkers renforcés.

Certes, un bombardement nucléaire pourrait avoir raison du béton armé, mais il produirait des radiations que même le Pentagone reconnaît comme effrayantes, sans compter un champignon redoutable pour les relations publiques, dans un monde de plus en plus sensible aux dangers de la guerre nucléaire. A l’inverse, le recours à une ogive à l’UA paraît propre : elle ne déclenche qu’un incendie peu comparable aux suites d’une explosion nucléaire, mais d’une puissance destructrice tout aussi forte.

Les informations recueillies par M. Dai Williams indiquent qu’après des tests sur ordinateur en 1987 (9), les Etats-Unis ont effectué leurs premiers essais grandeur nature contre Bagdad en 1991. Puis la guerre au Kosovo leur a donné la possibilité d’expérimenter, sur des cibles d’une dureté impressionnante, les prototypes des armes à l’UA et même certaines déjà en production. L’Afghanistan permettra à la fois une amplification et une prolongation de ces essais.

Mais, même au Pentagone, tout n’est pas clair. M. Dai Williams cite plusieurs articles parus dans la presse début décembre (10), qui évoquent des équipes NBC (nucléaire-biologique-chimique) déployées sur le terrain pour contrôler toute contamination éventuelle. Celle-ci, selon les Etats-Unis, serait imputable aux talibans, mais, dès octobre 2001, des médecins afghans, évoquant des morts rapides apparemment dues à des troubles internes, accusaient la coalition d’utiliser des armes chimiques et radioactives. Les symptômes cités (hémorragies, constrictions respiratoires, vomissements) pourraient résulter d’une contamination radioactive.

Le 5 décembre 2001, quand une bombe touche malencontreusement des soldats de la coalition, les représentants des médias sont tous immédiatement enlevés et enfermés dans un hangar. Selon le Pentagone, il s’agissait d’une GBU-31, armée d’une ogive BLU-109. Dans le documentaire de Canal+, on voit un représentant d’un fabricant d’armes à une foire internationale aux armes à Dubaï, le 14 novembre 1999, après la guerre au Kosovo. Celui-ci présente l’ogive BLU-109 et décrit ses capacités de pénétration contre les cibles souterraines dures et renforcées, précisant qu’elle vient d’être testée dans une guerre...

Le 16 janvier 2002, le secrétaire américain à la défense, M. Donald Rumsfeld, avoue que les Etats-Unis ont trouvé des traces de radioactivité en Afghanistan (11). Mais ce ne sont, assure-t-il, que des ogives à l’UA, censées appartenir à Al-Qaida, sans expliquer comment celle-ci aurait pu les lancer sans avions. Sur ce point, M. Willliams confirme que, même si la coalition ne s’est pas du tout servi d’armes à l’uranium appauvri, les armes qu’aurait utilisées le groupe de M. Oussama Ben Laden représenteraient à elles seules une source importante de contamination, surtout si elles proviennent de Russie : cet UA pourrait même être plus « sale » que celui de Paducah.

Suite à ses enquêtes dans les Balkans, le PNUE a créé une unité d’évaluation après conflit, dont le directeur Henrik Slotte se déclare prêt à intervenir sur le terrain en Afghanistan dès que possible, à condition que la sécurité soit suffisante, l’accès aux sites concernés garanti et l’opération convenablement financée. L’OMS, quant à elle, s’est murée dans un mutisme total. Aux questions adressées à M. Jon Lidon, porte-parole de la directrice générale Gro Harlem Brundtland, sur l’état du fonds pour la recherche sur l’UA, l’organisation n’a pas daigné répondre.

Pourtant, des études épidémiologiques devraient commencer immédiatement, selon M. Williams, sinon les victimes des expositions extrêmes seront toutes mortes, leur décès étant attribué à la rigueur de l’hiver dans ce pays sortant de plus de deux décennies de guerres.

Dans le comté de Jefferson (Indiana), le Pentagone a fermé le champ de tir de quelque 80 hectares où il testait autrefois les obus à l’UA. Le devis le moins élevé pour le remettre en état se monte à 7,8 milliards de dollars - sans compter le stockage pour toujours d’une épaisseur de six mètres de terre et la végétation à enlever. Estimant ce prix trop élevé, l’armée a cherché d’autres solutions et finalement décidé d’offrir le terrain au service des parcs nationaux afin d’y créer une réserve naturelle, offre que celui-ci a refusée. On parle maintenant de classer l’ex-champ de tir en « zone nationale de sacrifice » et d’en interdire l’entrée pour l’éternité ! Voilà qui donne une idée de l’avenir réservé aux diverses zones de la planète où les Etats-Unis ont utilisé et utiliseront des armes à l’uranium appauvri.

Robert James Parsons.

(1) Lire l’article.
(2) Les sites Internet de Janes Defense Information, de la Federation of American Scientists, du Centre for Defense Information.
(3) Voir le Hard and/or Deeply Buried Target Defeat Capability (HDBTDC) Program sur le site de la FAS.
(4) Voir les « missiles intelligents » sur le site de la FAS et la présentation du Bunker Buster sur le site de USA Today.
(5) Chronology of environmental sampling in the Balkans ; voir aussi le site du PNUE.
(6) « Loi du silence sur l’uranium appauvri », Le Monde diplomatique, février 2001.
(7) La Guerre radioactive secrète, de Martin Meissonnier, Roger Trilling, Guillaume d’Alessandro et Luc Hermann, diffusé en février 2000, actualisé et rediffusé en janvier 2001 sous le titre L’Uranium appauvri ; nous avons retrouvé l’usine contaminée, de Roger Trilling et Luc Hermann.
(8) Lire Naïma Lefkir Lafitte et Roland Lafitte, « Armes radioactives contre l’« ennemi irakien » », Le Monde diplomatique, avril 1995.
(9) The Use of Modeling and Simulation in the Planning of Attacks on Iraqi Chemical and Biological Warfare Targets
(10) Lire notamment « New Evidence is Adding to US Fears of Al-Qaida Dirty Bomb », International Herald Tribune, 5 décembre 2001 ; « Uranium Reportedly Found in Tunnel Complex », USA Today, 24 décembre 2001.
(11) U.S. Says More Weapons Sites Found in Afghanistan, Reuters, 16 janvier 2002

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Le grand mensonge des « guerres propres »

De la réalité des armes à l’uranium appauvri

Golfe, Kosovo, Afghanistan : de guerre en guerre, l’armée américaine perfectionne ses armes à l’uranium appauvri. Dont le danger pour les êtres humains et la nature devient de plus en plus évident, malgré le black-out organisé par le Pentagone.

Par Robert James Parsons

« Le souci immédiat pour les professionnels de la médecine, pour les représentants des organisations d’entraide humanitaire et pour les employeurs d’expatriés sur le terrain reste la menace d’une vaste contamination par l’uranium appauvri en Afghanistan. » C’est ce qu’on lit dans les conclusions du rapport, long de quelque 130 pages, de M. Dai Williams, chercheur indépendant et psychologue britannique spécialiste des conditions de travail. Intitulé Mystery Metal Nightmare in Afghanistan ? - « Cauchemar de métal mystérieux en Afghanistan ? » (1) -, ce texte est le fruit de plus d’un an de travail acharné sur la question de l’uranium appauvri (UA) et les effets de son utilisation sur les êtres humains qui en subissent les conséquences.

S’appuyant sur des sites Internet d’associations et spécialisés (2) ainsi que sur ceux des fabricants d’armes, M. Williams a pu déceler des informations précieuses, les découper inlassablement et les comparer avec les armes dont l’utilisation pendant la guerre a été signalée, voire vantée, par le Pentagone. Il en ressort une vision de la guerre - tant celle d’Afghanistan que les prochaines - qui surprend et effraie à la fois.

Depuis 1997, les Etats-Unis retravaillent et « améliorent » leur arsenal de missiles et de bombes guidées et « intelligentes ». Si des prototypes de ces armes ont été testés dans les montagnes du Kosovo en 1999, un contingent bien plus important a fait ses preuves en Afghanistan. Or l’« amélioration » en question repose sur le remplacement d’une ogive conventionnelle par une ogive en « métal lourd dense » (3). En calculant le volume et le poids de ce métal mystérieux, on arrive à deux conclusions possibles : il s’agit soit de tungstène, soit d’uranium appauvri.

Le tungstène, cependant, pose des problèmes. Son point de fusion élevé (3 422 °C) le rend très difficile à travailler ; il coûte cher ; il est produit surtout par la Chine ; et il ne brûle pas.

Pyrophore, l’UA, lui, brûle en impact ou si l’on y met le feu. Avec un point de fusion de 1 132 °C, il est bien plus facile à travailler. Déchet nucléaire, il est fourni gratuitement aux fabricants d’armements. De surcroît, le fait qu’on puisse l’utiliser dans toute une panoplie d’armes permet de réduire sensiblement le problème de la conservation des déchets nucléaires.

Ce genre d’arme peut pénétrer, en quelques secondes, des dizaines de mètres de béton armé ou de rocher. Munie d’un détonateur réglé par un ordinateur qui mesure la densité du matériel pénétré, l’ogive en UA devenue charge explosive est déclenchée à une profondeur préétablie ou une fois qu’elle arrive au « vide ». Tout ce qui se trouve dans ce « vide » est réduit, en quelques secondes, à l’état de fine poudre noire par la combustion de l’UA. Mais celui-ci, du même coup, se transforme en une poudre d’oxyde d’uranium. Si 30 % seulement de l’UA d’un « pénétrateur » de 30 millimètres sont oxydés, celui d’un missile peut, lui, s’oxyder à 100 %. Et la plupart des poussières ainsi produites mesurent moins de 1,5 micron : elles sont donc respirables.

Pour une petite poignée de chercheurs dans ce domaine, la controverse suscitée par l’utilisation d’armes à l’UA pendant la guerre de Kosovo s’était égarée. Au lieu de se demander quelles armes auraient été utilisées sur la majorité des cibles (souterraines en montagne) admises par l’OTAN, elle s’est focalisée sur la question des pénétrateurs antichars de 30 mm admis par l’OTAN, mais sans effet contre les installations souterraines durcies/renforcées.

Mais tant que le débat se limitait à ces pénétrateurs antichars, on parlait d’engins dont même les plus lourds (de 120 mm) ne dépassent pas les cinq kilos. Or les charges explosives en UA des systèmes de bombes guidées utilisées en Afghanistan vont jusqu’à une tonne et demie d’UA dans le cas du bunker buster (GBU-28) fabriqué par Raytheon (4).

A Genève, où se concentrent les organisations d’entraide humanitaire actives en Afghanistan, le rapport de M. Dai Williams a suscité des réactions très diverses. Si les porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies (HCR) pour les réfugiés et de l’Office pour la coordination des affaires humanitaires se sont donné la peine de le diffuser, les principaux dirigeants n’ont pas semblé inquiets. Seuls Médecins sans frontières et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) craignent, à terme, une catastrophe sanitaire et environnementale.

Contamination durable

Le PNUE et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont publié, respectivement en mars et en avril 2001, des rapports importants. Ceux-ci sont abondamment cités par les tenants du caractère inoffensif de l’UA, à commencer par le Pentagone, qui soulignent que les deux organisations sont indépendantes et neutres. Pourtant, l’étude du PNUE est au mieux boiteuse, et celle de l’OMS carrément peu fiable.

La visite au Kosovo à partir de laquelle le PNUE a élaboré son analyse s’organisa sur la base de cartes fournies par l’OTAN, dont des troupes accompagnaient les chercheurs afin de les protéger des munitions non explosées, y compris les sous-munitions des bombes à fragmentation. Spelon toute probabilité, celles-ci étaient - a découvert M. Williams - porteuses de charges creuses à l’UA. Ces troupes auraient donc fini par empêcher toute rencontre de l’équipe avec ces sous-munitions et ont ainsi empêché celle-ci d’en découvrir l’existence.

D’autant - on le sait maintenant - que, pendant les seize mois qui précédèrent la visite du PNUE, le Pentagone envoya sur le terrain au moins dix équipes de contrôle et fit des efforts considérables de nettoyage (5). Sur les 8 112 « pénétrateurs » antichars tirés sur les sites visités, le PNUE n’en a récupéré que 11, malgré un taux de non-explosion plutôt élevé. Et la quantité de poussières repérées directement sur les points censés avoir été touchés par ces armes, dix-huit à vingt mois après leur utilisation, fut bien faible.

Quant à l’OMS, elle n’entreprit aucune étude épidémiologique digne de ce nom, mais une simple étude académique. Cédant aux pressions de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, elle se contenta de recherches sur l’UA comme métal lourd contaminant chimiquement. Avertie, en janvier 2001, de la publication imminente d’un article de fond mettant en cause l’inaction de l’OMS (6), celle-ci tint une conférence de presse pour annoncer la création d’un fonds de deux millions de dollars - et, à terme, vingt millions - pour la recherche sur l’UA. Selon le docteur Michael Repacholi, le rapport à ce sujet, en chantier depuis le mois d’août 1999 et confié au géologue britannique Barry Smith, devait être étendu à la question de la contamination radioactive. Les études préalables, expliqua-t-il, comporteraient des analyses d’urine de personnes exposés à l’UA, menées de manière à établir le niveau d’exposition.

Mais la « monographie » en question, rendue publique une dizaine de semaines plus tard, n’était qu’un survol d’une sélection de la littérature existante. Sur les centaines de milliers de monographies publiées depuis la fin de la guerre de 1939-1945 qui auraient dû être épluchées, le rapport ne retenait - à quelques exceptions près - que celles consacrées à la contamination chimique. La poignée d’articles consultés consacrés à la contamination radioactive émanaient soit du Pentagone, soit de la Rand Corporation, boîte à idées du Pentagone. On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que ce texte n’ait inquiété personne.

Enfin, les recommandations des deux rapports relevaient du bon sens et ne déviaient guère des conseils déjà exprimés par l’OMS - et répétés continuellement par les organisations humanitaires actives sur le terrain - depuis la fin de la guerre. Il s’agissait par exemple du marquage des sites connus, du ramassage des pénétrateurs dans la mesure du possible, d’une attention particulière vouée aux enfants pour les empêcher de s’approcher des sites contaminés, d’une surveillance éventuelle de l’eau de certains puits, etc.

L’essentiel du problème se résume en deux points-clés :

- la radiation émise par l’UA menace le corps parce que, une fois les poussières inhalées, elle est de source interne. Or les normes de protection internationale contre la radiation - sur lesquelles les « experts » se fondent pour affirmer que l’UA est inoffensif - ne traitent que de la radiation de source externe ;

- la question de l’« uranium sale », que le rapport du PNUE a le mérite d’avoir soulevée. L’uranium des centrales nucléaires retraité pour utilisation comme munition contient en effet toutes sortes d’éléments hautement toxiques, par exemple le plutonium, dont 1,6 kg suffirait à tuer huit milliards de personnes. Plutôt que d’uranium appauvri, il serait plus juste de parler d’« uranium plus ».

Dans un documentaire diffusé par Canal+ en janvier 2001 (7), une équipe de chercheurs français présente le résultat d’une enquête auprès de l’usine de retraitement de Paducah, dans le Kentucky. Selon l’avocat des quelque 100 000 plaignants, actuels et anciens ouvriers, tous contaminés du fait du non-respect flagrant des normes de sécurité élémentaires, l’usine entière est irrévocablement contaminée ainsi que toute sa production. D’après les enquêteurs, c’est précisément de cette installation que semble provenir l’UA des missiles largués sur la Yougoslavie, l’Afghanistan et l’Irak (8).

Ces armes représentent beaucoup plus qu’un nouvel instrument des guerres modernes. Le programme de réarmement américain, lancé par le président Ronald Reagan, reposait sur la conviction que le vainqueur des nouveaux conflits serait celui qui détruirait le plus efficacement les centres de commande et de communication de l’ennemi. Or ceux-ci se trouvent presque toujours enterrés dans des bunkers renforcés.

Certes, un bombardement nucléaire pourrait avoir raison du béton armé, mais il produirait des radiations que même le Pentagone reconnaît comme effrayantes, sans compter un champignon redoutable pour les relations publiques, dans un monde de plus en plus sensible aux dangers de la guerre nucléaire. A l’inverse, le recours à une ogive à l’UA paraît propre : elle ne déclenche qu’un incendie peu comparable aux suites d’une explosion nucléaire, mais d’une puissance destructrice tout aussi forte.

Les informations recueillies par M. Dai Williams indiquent qu’après des tests sur ordinateur en 1987 (9), les Etats-Unis ont effectué leurs premiers essais grandeur nature contre Bagdad en 1991. Puis la guerre au Kosovo leur a donné la possibilité d’expérimenter, sur des cibles d’une dureté impressionnante, les prototypes des armes à l’UA et même certaines déjà en production. L’Afghanistan permettra à la fois une amplification et une prolongation de ces essais.

Mais, même au Pentagone, tout n’est pas clair. M. Dai Williams cite plusieurs articles parus dans la presse début décembre (10), qui évoquent des équipes NBC (nucléaire-biologique-chimique) déployées sur le terrain pour contrôler toute contamination éventuelle. Celle-ci, selon les Etats-Unis, serait imputable aux talibans, mais, dès octobre 2001, des médecins afghans, évoquant des morts rapides apparemment dues à des troubles internes, accusaient la coalition d’utiliser des armes chimiques et radioactives. Les symptômes cités (hémorragies, constrictions respiratoires, vomissements) pourraient résulter d’une contamination radioactive.

Le 5 décembre 2001, quand une bombe touche malencontreusement des soldats de la coalition, les représentants des médias sont tous immédiatement enlevés et enfermés dans un hangar. Selon le Pentagone, il s’agissait d’une GBU-31, armée d’une ogive BLU-109. Dans le documentaire de Canal+, on voit un représentant d’un fabricant d’armes à une foire internationale aux armes à Dubaï, le 14 novembre 1999, après la guerre au Kosovo. Celui-ci présente l’ogive BLU-109 et décrit ses capacités de pénétration contre les cibles souterraines dures et renforcées, précisant qu’elle vient d’être testée dans une guerre...

Le 16 janvier 2002, le secrétaire américain à la défense, M. Donald Rumsfeld, avoue que les Etats-Unis ont trouvé des traces de radioactivité en Afghanistan (11). Mais ce ne sont, assure-t-il, que des ogives à l’UA, censées appartenir à Al-Qaida, sans expliquer comment celle-ci aurait pu les lancer sans avions. Sur ce point, M. Willliams confirme que, même si la coalition ne s’est pas du tout servi d’armes à l’uranium appauvri, les armes qu’aurait utilisées le groupe de M. Oussama Ben Laden représenteraient à elles seules une source importante de contamination, surtout si elles proviennent de Russie : cet UA pourrait même être plus « sale » que celui de Paducah.

Suite à ses enquêtes dans les Balkans, le PNUE a créé une unité d’évaluation après conflit, dont le directeur Henrik Slotte se déclare prêt à intervenir sur le terrain en Afghanistan dès que possible, à condition que la sécurité soit suffisante, l’accès aux sites concernés garanti et l’opération convenablement financée. L’OMS, quant à elle, s’est murée dans un mutisme total. Aux questions adressées à M. Jon Lidon, porte-parole de la directrice générale Gro Harlem Brundtland, sur l’état du fonds pour la recherche sur l’UA, l’organisation n’a pas daigné répondre.

Pourtant, des études épidémiologiques devraient commencer immédiatement, selon M. Williams, sinon les victimes des expositions extrêmes seront toutes mortes, leur décès étant attribué à la rigueur de l’hiver dans ce pays sortant de plus de deux décennies de guerres.

Dans le comté de Jefferson (Indiana), le Pentagone a fermé le champ de tir de quelque 80 hectares où il testait autrefois les obus à l’UA. Le devis le moins élevé pour le remettre en état se monte à 7,8 milliards de dollars - sans compter le stockage pour toujours d’une épaisseur de six mètres de terre et la végétation à enlever. Estimant ce prix trop élevé, l’armée a cherché d’autres solutions et finalement décidé d’offrir le terrain au service des parcs nationaux afin d’y créer une réserve naturelle, offre que celui-ci a refusée. On parle maintenant de classer l’ex-champ de tir en « zone nationale de sacrifice » et d’en interdire l’entrée pour l’éternité ! Voilà qui donne une idée de l’avenir réservé aux diverses zones de la planète où les Etats-Unis ont utilisé et utiliseront des armes à l’uranium appauvri.

Robert James Parsons.

(1) Lire l’article.
(2) Les sites Internet de Janes Defense Information, de la Federation of American Scientists, du Centre for Defense Information.
(3) Voir le Hard and/or Deeply Buried Target Defeat Capability (HDBTDC) Program sur le site de la FAS.
(4) Voir les « missiles intelligents » sur le site de la FAS et la présentation du Bunker Buster sur le site de USA Today.
(5) Chronology of environmental sampling in the Balkans ; voir aussi le site du PNUE.
(6) « Loi du silence sur l’uranium appauvri », Le Monde diplomatique, février 2001.
(7) La Guerre radioactive secrète, de Martin Meissonnier, Roger Trilling, Guillaume d’Alessandro et Luc Hermann, diffusé en février 2000, actualisé et rediffusé en janvier 2001 sous le titre L’Uranium appauvri ; nous avons retrouvé l’usine contaminée, de Roger Trilling et Luc Hermann.
(8) Lire Naïma Lefkir Lafitte et Roland Lafitte, « Armes radioactives contre l’« ennemi irakien » », Le Monde diplomatique, avril 1995.
(9) The Use of Modeling and Simulation in the Planning of Attacks on Iraqi Chemical and Biological Warfare Targets
(10) Lire notamment « New Evidence is Adding to US Fears of Al-Qaida Dirty Bomb », International Herald Tribune, 5 décembre 2001 ; « Uranium Reportedly Found in Tunnel Complex », USA Today, 24 décembre 2001.
(11) U.S. Says More Weapons Sites Found in Afghanistan, Reuters, 16 janvier 2002

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